[Note 435: ][(retour) ] Tu quis es qui terram dissipas et conculcas?--Cui Attila: Ego sum Attila, rex Hunnorum, flagellum Dei. Thwrocz, i, 16.
[Note 436: ][(retour) ] Jussit portas patefieri ut ingrederetur hostis Dei. 2a Vit. S. Lup., 45.--Benevenerit flagellum Domini mei. Thwrocz., ub. sup.--Apprehensa freni habena subdit: Veni Dei mei flagellum, ingredere, proficiscere quo libet Olah., Vit. Attil., 9.
[Note 437: ][(retour) ] Miro miraculo divinitus cæcitate perculsi..... 2a Vit. S. Lup., 45.
Qu'il y ait dans cette conception une grande beauté poétique, on n'en saurait disconvenir. Le moyen âge en jugea ainsi, car cette légende eut un succès de vogue; on la répéta de tous côtés; les villes, les églises l'empruntèrent pour se l'approprier en tout ou en partie. Metz raconta que les Huns, ayant voulu piller l'oratoire de Saint-Étienne situé dans son enceinte, ne rencontrèrent, au lieu de portes et de murailles, qu'un rocher de granit contre lequel leurs haches et leurs massues se brisèrent[438]. Ailleurs Attila côtoie une ville sans l'apercevoir, tandis qu'un mirage lui montre à l'horizon les tours et les crénaux d'une cité imaginaire qui fuit devant lui et l'entraîne. A Dieuze, les Huns sont frappés de cécité, parce qu'ils ont chargé de fers l'évêque saint Auctor, leur prisonnier; mais ils recouvrent la vue en même temps que lui la liberté[439]. On n'en finirait pas, si l'on voulait énumérer tous les emprunts faits par les églises des Gaules à la légende mythique de saint Loup.
[Note 438: ][(retour) ] Cum Barbari propius accederent, eorum oculis velut ingens saxum ac moles solida apparebat: quam cum cæcati mentibus, manibus per gyrum palparent, aditumque quærerent... Paul. Diac., De Episc., Mett., ap. D. Bouq., t. i, p. 650.
[Note 439: ][(retour) ] Paul. Diac., ibid.--2a Vit. S. Lup., ap. Roll.
L'Italie ne voulut pas être en reste de merveilles avec la Gaule, et le fléau de Dieu passa les Alpes avec le serviteur de Dieu pour aller jouer dans les légendes italiennes leur rôle accoutumé. L'imitation fut complète jusqu'au plagiat, et la légende de saint Géminianus, évêque de Modène, n'est qu'une copie servile de la légende de saint Loup. Géminianus introduit Attila dans Modène, comme saint Loup dans Troyes: même miracle, mêmes incidents, même dialogue du haut de la muraille; seulement le roi des Huns se montre plus brutal et plus ironique en deçà qu'au delà des Alpes. Au moment où l'évêque lui dit qu'il est le serviteur de Dieu: «Eh bien! soit, répond l'autre, un mauvais serviteur doit être flagellé[440].» Quelquefois, lorsque l'évêque contemporain d'Attila n'est pas d'une sainteté avérée, la légende lui en substitue quelque autre, mort depuis nombre d'années; le saint quitte son tombeau, sauve sa ville, et le mythe est accompli.
[Note 440: ][(retour) ] Si tu es servus Dei, ego sum flagellum Dei; servi autem inobedientes... merito verberantur et flagellantur. Vit. S. Geminian. Act. SS.
Dans ce dualisme de plus en plus idéalisé, Attila, l'être fatal, prend quelque chose des esprits infernaux. Satan lui-même le conduit: c'est le prince des ténèbres qui lui ouvre les portes de Reims, qui l'encourage au viol et au meurtre, qui vient jouir du martyre de l'évêque saint Nicaise et de sa sœur sainte Eutropie; «il se tenait près de la porte, on l'y a vu[441],» dit la légende. Ainsi que le diable lui-même, l'Attila fléau de Dieu est sarcastique, vain dans ses paroles et hideux à voir; mais, comme le diable aussi, il est facile à tromper, on le joue, on le bafoue sans qu'il s'en doute. C'est le type de Satan au moyen âge, la crédulité jointe à l'esprit de malice. La légende exploite parfois avec un bonheur comique cette idée d'un Attila naïf et crédule. Quand les Huns ont martyrisé près de Cologne les onze mille vierges compagnes de sainte Ursule, Attila offre à celle-ci de l'épouser en réparation d'honneur; mais elle le repousse honteusement: «Retire-toi, lui dit-elle; j'ai dédaigné la main de César, ce n'est pas pour appartenir à un maudit tel que toi[442]!» Quelquefois la légende engage entre ses interlocuteurs et lui des dialogues dans lesquels on l'endoctrine, on le promène, on le raille; souvent aussi il se montre généreux, chevaleresque, disposé à servir toutes les bonnes causes. Cette nouvelle physionomie du fléau de Dieu se dessine pour la première fois, du moins à ma connaissance, dans le récit d'un prétendu siége de Ravenne, lequel se serait passé en 452 sous l'épiscopat de saint Jean. Le récit dans sa rédaction primitive appartient au Pontifical d'Agnellus, prêtre ravennate, qui écrivit au IXe siècle sur les archevêques de son pays, et d'après de vieux documents, un livre qui jette beaucoup de jour sur les idées et les traditions du moyen âge italien.
[Note 441: ][(retour) ] Prope portam... Act. SS. Vit. S. Nicas., 14 decemb.--Cf. Hincmar.--Flodoard.