Arrivé au comble de la puissance, le roi des Huns a donc déposé les armes; il ne les reprend plus que par caprice ou pour servir ses amis. Que lui manque-t-il en effet? Le Hunalant, son empire, renferme douze royaumes puissants: «de la mer à la mer tout est à lui». Il n'a plus qu'à dépenser gaiement ses trésors dans une cour brillante où se passent les aventures les plus variées de combats et de galanterie. La reine Kerka, que les Scandinaves appellent Erkia, et les Allemands Herkhé ou Helkhé, fait les honneurs du palais, aidée par Théodoric[494], le miroir des héros, l'hôte et le fidèle ami du roi. Un poëme particulier, intitulé la Cour d'Etzel, est consacré à chanter ces magnificences et ces plaisirs.
[Note 494: ][(retour) ] Thiöthrekr, dans les poëmes scandinaves.
«Il y avait en Hongrie, dit le poëme, un roi bien connu qui se nommait Attila: on ne trouvera jamais son pareil. En richesse et en libéralité, nul ne l'égala jamais. Douze rois le servaient couronne en tête; douze royaumes lui obéissaient, douze ducs, trente comtes, des chevaliers, des écuyers, des hommes d'armes sans nombre. Ce roi était humain et juste: on ne trouvera jamais son pareil[495]!
Es sass in Ungerlande
Ein Konick so wol bekant,
Der was Etzel genande;
Sein gleich man nydert fant:
An reichtum und an milde
Was im kein Konick gleich.....
Heldenbuch, Etzels Hofhaltung, Str. i.
«Le roi Artus aussi fut puissant, mais non pas comme Attila..... Arrivait qui voulait chez lui, car aucune porte n'était fermée. «Qu'on laisse mon palais ouvert, disait le roi plein de bonté; aussi loin que s'étend le monde, je ne me connais aucun ennemi. A quoi me servent des portes où aucun soldat ne fait le guet?»
Le poëme de la Cour d'Etzel compare Attila au roi Artus; le poëme de Bitérolf d'Espagne le compare au roi Salomon, qui sut si bien, dit-il, accommoder sa vie et ses désirs; «mais Salomon, dans tout son éclat, n'eut jamais autant de chevaliers, ajoute Bitérolf, que j'en ai vu une fois chez Attila le riche[496]». Quand le roi des Huns avait fait annoncer une fête, les chemins se couvraient de gens de toute sorte qui accouraient à Etzelburg. Les guerriers chevauchaient avec leurs dames. On voyait arriver pêle-mêle des chrétiens et des païens, des Russes et des Grecs, des Polonais et des Valaques, des Thuringiens et des Danois; on s'y rendait à travers les montagnes et les fleuves, des contrées de l'Italie, de la France et de l'Espagne[497]. Le tableau de ces fêtes est commun aux traditions du cycle de Théodoric et à celles du cycle des Niebelungs.
[Note 496: ][(retour) ] Biterolf und Dietlieb., v. 284.
[Note 497: ][(retour) ] Nibelungenlied., v. 5365, seqq.