Hoc melius fore quam vitam simul ac regionem
Perdiderint, natosque suos, pariterque maritas.

Walt. Aquit., v. 22 et seqq.

Le poëme de Walter d'Aquitaine, plus sobre de détails, nous donne, en quelques traits simples et énergiques, une idée de la force irrésistible dont le souvenir traditionnel entourait le roi des Huns.

Un jour qu'il se sentait en humeur de guerroyer, Attila, dit le poëme, fait plier ses tentes et marche du côté du Rhin. Ghibic, roi des Franks, célébrait alors dans Worms, sa capitale, la naissance de son fils aîné Gunther; tout le pays était en liesse, quand le bruit se répand subitement qu'une armée «nombreuse comme les étoiles du ciel, serrée comme les grains de sable du Rhin», approche en remontant le Danube. Les chefs des Franks courent au conseil. «Que faut-il faire? demande le roi.--Proposer la paix, répondent ceux-ci d'une commune voix. Si l'ennemi nous tend la main, nous la lui tendrons aussi; nous lui donnerons des otages et nous lui paierons tribut. Mieux vaut céder au roi des Huns que de risquer d'un seul coup nos vies, notre patrie, nos enfants et nos femmes.» Ghibic va donc au-devant d'Attila avec de riches cadeaux et un otage de noble sang; comme il ne peut offrir son propre fils Gunther, «qui a besoin de sa mère», dit le poëte, son choix s'est porté sur Hagen, adolescent de haute lignée, sorti de la vraie race des Troyens. Le roi des Huns accepte les présents et l'otage, accorde la paix et se dirige à l'est des Gaules vers le pays des Burgondes.

C'était Herric le riche et le vaillant qui gouvernait cette contrée, et près de lui grandissait sa fille unique, son plus cher amour et l'héritière de tous ses trésors, Hildegonde, la perle de Burgondie[498]. Herric se trouvait par hasard à Châlons quand l'armée des Huns déboucha sur les rives de la Saône. La terre, foulée sous les pieds de tant de chevaux, rendait un sourd gémissement; le son des boucliers, répercuté dans l'air, retentissait comme un tonnerre lointain, et la campagne, couverte d'une forêt d'acier, semblait lancer des éclairs. «Tel, ajoute le poëte que nous ne faisons que suivre en le raccourcissant, tel le soleil, aux extrémités de l'Orient, éclate en jets lumineux, lorsqu'à l'aube du jour son globe ardent repousse et fend l'Océan soulevé.» Or voici que la sentinelle qui fait le guet sur les murs de Châlons, levant les yeux au ciel, s'écrie avec terreur: «J'aperçois là-bas un nuage de poussière; c'est l'ennemi qui vient: fermez les portes[499]!» Le conseil des Burgondes s'assemble. «Je sais, dit le roi, ce qui s'est passé chez les Franks. Si ce vaillant peuple a cédé, pourquoi ne céderions-nous pas[500]? Mes trésors seront à Attila; j'ai encore une fille unique que j'aime plus que mes yeux, mais je la donnerai volontiers en otage pour sauver le pays des Burgondes.» Aussitôt des envoyés partent; Attila le grand chef les accueille bien, suivant son usage, et leur dit: «J'aime mieux alliance que bataille; les Huns veulent régner plutôt par la paix que par les armes; mais, si on leur résiste, ils tirent l'épée et frappent, quoi qu'ils en aient[501]. Si donc votre roi vient à moi, et s'il me donne la paix, je la lui rendrai.» Herric sortit de Châlons emmenant sa fille et se faisant suivre de ses trésors; il offrit les uns et laissa l'autre en otage. C'est ainsi que la perle de Burgondie partit pour un lointain exil.

[Note 498: ][(retour) ]

..... Pulcherrima gemma parentum.

Walt. Aquit., v. 74.

[Note 499: ][(retour) ]

Forte Cavillonis Herricus sedit, et ecce
Attollens oculos speculator vociferatur:
Quænam condenso consurgunt pulvere nubes?
Vis inimica venit: portas jam claudite cunctas.