218-202.
ANNEE 218 avant J.-C.
Les Cisalpins avaient à peine posé les armes qu'ils virent arriver dans leur pays des étrangers qui les sollicitaient de les reprendre; c'étaient des émissaires envoyés par le Carthaginois Annibal, commandant des forces puniques en Espagne. La bonne intelligence avait déjà cessé entre les républiques de Rome et de Carthage, et tout faisait prévoir la rupture prochaine de la paix. Dans cette conjoncture, Annibal résolut de frapper les premiers coups. Il conçut le projet de descendre en Italie, et de transporter la guerre sous les murailles mêmes de Rome; mais ce plan hardi était inexécutable sans la coopération active des Cisalpins: Annibal travailla donc à le leur faire adopter. Ses envoyés distribuèrent de l'argent aux chefs, et réveillèrent par leurs discours l'énergie gauloise, que les dernières défaites avaient abattue. «Les Carthaginois, disaient-ils aux Boïes et aux Insubres, s'engagent, si vous les secondez, à chasser les Romains de votre pays, à vous rendre le territoire conquis sur vos pères, à partager avec vous fraternellement les dépouilles de Rome et des nations sujettes ou alliées de Rome[728].» Les Insubres accueillirent ces ouvertures avec faveur, mais en même temps avec une réserve prudente; pour les Boïes, dont plusieurs villes étaient occupées par des garnisons romaines, impatiens de les recouvrer, ils s'engagèrent à tout ce que les Carthaginois demandaient. Comptant sur ces promesses, Annibal envoya d'autres émissaires dans la Transalpine pour s'y assurer un passage jusqu'aux Alpes. L'argent des mines espagnoles lui gagna tout de suite l'amitié des principaux chefs du midi [729].
Note 728: Πάν ύπισχνεϊτο διαπεμπόμενος έπιμελώς πρός τούς δυνάστας τών Κελτών, καί τούς έκί τάδε, καί τούς έν αύταϊς ταϊς Άλπεσιν ένοικοΰΰΰντας. Polyb. l. III, p. 189. —Tit. Liv. l. XXI, c. 25, 29, 52.
Note 729: Polyb. 1. III, p. 187.—Tit. Liv. 1. XXI, c. 23.
Averti des menées d'Annibal par les Massaliotes, ses anciens alliés et ses espions dans la Gaule, le sénat romain fit partir de son côté des ambassadeurs chargés d'une mission toute semblable; il proposait aux nations gauloises, liguriennes et aquitaniques, de se liguer avec lui pour fermer aux Carthaginois les passages des Pyrénées et des Alpes. Ces ambassadeurs s'adressèrent premièrement au peuple de Ruscinon, qui, habitant le pied septentrional des Pyrénées, du côté de la mer intérieure, était maître des défilés vers lesquels s'avançait Annibal. Ils furent admis dans l'assemblée où, suivant la coutume, les guerriers s'étaient rendus tout armés. D'abord ce spectacle parut étrange aux envoyés romains[730]; ce fut bien pis lorsque après avoir vanté la gloire et la grandeur de Rome, ils exposèrent l'objet de leur mission. Il s'éleva dans l'assemblée de si bruyans éclats de rire, accompagnés d'un tel murmure d'indignation, que les magistrats et les vieillards qui la présidaient eurent la plus grande peine à ramener le calme[731], tant ce peuple trouvait d'extravagance et d'impudeur à ce qu'on lui proposât d'attirer la guerre sur son propre territoire, pour qu'elle ne passât point en Italie. Quand le tumulte fut apaisé les chefs répondirent: «Que n'ayant point à se plaindre des Carthaginois pas plus qu'à se louer des Romains, nulle raison ne les portait à prendre les armes contre les premiers en faveur des seconds; qu'au contraire il leur était connu que le peuple romain dépossédait de leurs terres en Italie ceux des Gaulois qui s'y étaient établis; qu'il leur imposait des tributs, et leur faisait essuyer mille humiliations pareilles.» Les ambassadeurs reçurent le même accueil des autres nations de la Gaule; et ils ne rapportèrent à Massalie que des duretés et des menaces[732]. Là, du moins, leurs fidèles amis ne leur épargnèrent pas les consolations. «Annibal, leur disaient-ils, ne peut compter long-temps sur la fidélité des Gaulois[733]; nous savons trop combien ces nations sont féroces, inconstantes et insatiables d'argent.»
Note 730: Nova terribilisque species visa est: quòd armati (ita mos gentis erat) in concilium venerunt. Idem. c. 20.
Note 731: Tantus cum fremitu risus dicitur ortus ut vix à
magistratibus majoribusque natu juventus sedaretur.
Tit. Liv. l. XXI, c. 20.
Note 732: Nec hospitale quidquam pacatumve satis priùs auditum quàm
Massiliam venerunt. Idem, ibid.
Note 733: Sed ne illi (Galli) quidem ipsi satis mitem gentem
fore….. Idem, ibid.