Note 797: Οί μέν γάρ πάντες είς χιλίους καί πεντακοσίους Ϊπεσον, ών ήσαν οί πλείους Κελτοί. Polyb. l. III, p. 236.

Note 798: Appian. Bell. Annib. p. 319.

Du champ de bataille de Thrasymène, Annibal passa dans l'Italie méridionale, et livra une troisième bataille aux Romains, près du village de Cannes, sur les bords du fleuve Aufide, aujourd'hui l'Offanto. Il avait alors sous ses drapeaux quarante mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie; et sur ces cinquante mille combattans, au moins trente mille Gaulois. Dans l'ordre de bataille, il plaça leur cavalerie à l'aile droite et au centre leur infanterie, qu'il réunit à l'infanterie espagnole, et qu'il commanda lui-même en personne; les fantassins gaulois, comme ils le pratiquaient dans les occasions où ils étaient décidés à vaincre ou à mourir, jetèrent bas leur tunique et leur saie, et combattirent nus de la ceinture en haut, armés de leurs sabres longs et sans pointe[799]. Ce furent eux qui engagèrent l'action; leur cavalerie et celle des Numides la terminèrent. On sait combien le carnage fut horrible dans cette bataille célèbre, la plus glorieuse des victoires d'Annibal, la plus désastreuse des défaites de Rome. Lorsque le général carthaginois, ému de pitié, criait à ses soldats «d'arrêter, d'épargner les vaincus,» sans doute que les Gaulois, acharnés à la destruction de leurs mortels ennemis, portaient dans cette tuerie plus que l'irritation ordinaire des guerres, la satisfaction d'une vengeance ardemment souhaitée et long-temps différée. Soixante-dix mille Romains y périrent; la perte, du côté des vainqueurs, fut de cinq mille cinq cents, sur lesquels quatre mille Gaulois[800].

Note 799: Gallis prælongi ac sine mucronibus gladii… Galli super umbilicum erant nudi. Tit. Liv. l. XXII, c. 46.

Note 800: Τών δέ Άννίϐου, Κελτοί μέν έπεσον, είς τετρακισχιλίους, Ίβηρες δέ καί Λίβυες είς χιλίους καί πεντακοσίους. Polyb. l. III, p. 267.—Tit. Liv. c. 45, 46-50.

ANNEE 216 avant J.-C.

Des soixante mille Cisalpins qu'Annibal avait comptés autour de lui après le combat de la Trébie, vingt-cinq mille seulement demeuraient; les batailles, les maladies, surtout la fatale traversée des marais de l'Étrurie, avaient absorbé tout le reste: car jusqu'alors ils avaient moissonné presque sans partage le poids de la guerre. La victoire de Cannes amena aux Carthaginois d'autres auxiliaires; une multitude d'hommes de la Campanie, de la Lucanie, du Brutium, de l'Appulie, remplit son camp; mais ce n'était pas là cette race belliqueuse qu'il recrutait naguère sur les rives du Pô. Cannes fut le terme de ses succès; et certes la faute n'en doit point être imputée à son génie, plus admirable peut-être dans les revers que dans la bonne fortune: son armée seule avait changé. Depuis deux mille ans, l'histoire l'accuse avec amertume de son inaction après la bataille de l'Aufide et de son séjour à Capoue; peut-être lui reprocherait-elle plus justement de s'être éloigné du nord de l'Italie, et d'avoir laissé couper ses communications avec les soldats qui vainquirent sous lui à Thrasymène et à Cannes.

Rome sentit la faute d'Annibal, elle se hâta d'en profiter. Deux armées échelonnées, l'une au nord, l'autre au midi, interceptèrent la route entre la Cisalpine et la grande Grèce; celle du nord, par ses incursions ou par son attitude menaçante, occupa les Gaulois dans leurs foyers, tandis que la seconde faisait face aux Carthaginois. L'année qui suivit la bataille de Cannes, vingt-cinq mille hommes détachés des légions du nord sous le commandement du préteur L. Posthumius, s'étant aventurés imprudemment sur le territoire boïen, y périrent tous avec leur chef. Quoique le récit de cette catastrophe renferme quelques circonstances que l'on pourrait raisonnablement mettre en doute, nous le donnerons cependant ici tel que les historiens romains nous l'ont laissé. Posthumius, pour pénétrer au cœur du pays boïen, devait traverser une forêt dont nous ne connaissons pas bien la position; cette forêt était appelée par les Gaulois Lithann[801], c'est-à-dire la grande, et par les Romains Litana. Les Boïes s'y placèrent en embuscade, et imaginèrent de scier les arbres sur pied, jusqu'à une certaine distance de chaque côté de la route, de manière qu'ils restassent encore de bout, mais qu'une légère impulsion suffît pour les renverser. Quand ils virent les soldats ennemis bien engagés dans la route, qui d'ailleurs était étroite et embarrassée, ils donnèrent l'impulsion aux arbres les plus éloignés du chemin, et, l'ébranlement se communiquant de proche en proche, la forêt s'abattit à droite et à gauche: hommes et chevaux tombèrent écrasés[802]; ce qui échappa périt sous les sabres gaulois. Posthumius vendit chèrement sa vie; mais enfin il fut tué et dépouillé. Sa tête et son armure furent portées en grande pompe par les Boïes dans le temple le plus révéré de leur nation; et son crâne, nettoyé et entouré d'or, servit de coupe au grand-prêtre et aux desservans de l'autel dans les solennités religieuses[803]. Ce que les Gaulois prisaient bien autant que la victoire, ce fut le butin immense qu'elle leur procura; car à l'exception des chevaux et du bétail, écrasés en presque totalité par la chute des arbres, tout le reste était intact et facile à retrouver: il suffisait de suivre les files de l'armée ensevelie sous cet immense abattis.

Note 801: Leithann (gael.), Leadan (corn.), Ledan (armor.).

Note 802: Tum extremas arborum succisarum impellunt; quæ alia in aliam instabilem per se ac malè hærentem, ancipiti strage, arma, viros, equos obruerunt. Tit. Liv. l. XXIII, c. 24. —J. Fronton. Stratag. l. I, c. 6.