Note 43: On voit en lisant Strabon qu'il s'appuyait beaucoup des idées et des travaux de Posidonius, malgré l'affectation avec laquelle il le critique en plusieurs endroits. Les fragmens de Posidonius, recueillis par Athénée et dont nous retrouvons des passages entiers soit dans Strabon lui-même, soit dans Diodore de Sicile, sont certainement ce que nous possédons de plus curieux sur la Gaule, exception faite des Commentaires de César.
II. PEUPLES GAULOIS DE L'ITALIE.
Les plus accrédités des érudits romains qui travaillèrent sur les origines italiques, reconnurent deux conquêtes bien distinctes de la haute Italie par des peuples sortis de la Gaule. Ils faisaient remonter la plus ancienne aux époques les plus reculées de l'Occident, et désignèrent ces premiers conquérans transalpins sous le nom de vieux Gaulois, veteres Galli, afin de les distinguer des transalpins de la seconde conquête. Celle-ci, plus récente, est mieux connue; on en a les dates bien précises: on sait qu'elle commença l'an 587 avant notre ère, sous la conduite du Biturige Bellovèse, et qu'elle continua par l'invasion successive de quatre autres bandes, dans un espace de soixante-six ans[44].
Note 44: V. ci-dessous, t. I, c. I, Période 587 à 521 après J.-C..
PREMIERE CONQUETE.—Ces vieux Gaulois, suivant les auteurs dont nous parlons, étaient les ancêtres du peuple des Ombres qui habitait, comme on sait, au temps de la puissance des Romains, les deux revers de l'Apennin, entre le Picenum et l'Étrurie; et le fait était donné comme positif. Cornélius Bocchus, affranchi lettré de Sylla, est cité par Solin comme l'ayant soutenu et prouvé[45]. C'était aussi l'opinion du fameux M. Antonius Gnipho[46], précepteur de Jules-César, et qui, né dans la Gaule Cisalpine, avait probablement apporté un soin particulier à ce qui concernait sa nation; Isidore l'adopta dans son ouvrage sur les Origines[47]; ainsi firent Solin et Servius. L'érudition hellénique s'en empara aussi[48], malgré une étymologie fort populaire en Grèce bien qu'absurde, laquelle faisait dériver le mot Ombre du grec ombros, pluie, parce que, disait-on, la nation ombrienne avait échappé à un déluge.
Note 45: Bocchus absolvit Gallorum veterum propaginem Umbros esse.
Solin. Poly. Hist. c. 8.
Note 46: Sanè Umbros Gallorum veterum propaginem esse M. Antonius
refert. Serv. in l. XII, Æn. ad fin.
Note 47: Umbri, Italiæ genus est, sed Gallorum veterum propago. Isid.
Orig, l. I, c. 2.
Note 48: Όμβροι γενος Γαλατών. Tzetz. Schol. Lycophr. Alex. p. 199.
Les Ombres étaient regardés comme un des plus anciens peuples de l'Italie[49]: ils chassèrent, après de longs et sanglans combats, les Sicules des plaines circumpadanes; or les Sicules étant passés en Sicile vers l'an 1364, l'invasion ombrienne a dû avoir lieu dans le cours du quinzième siècle. Ils devinrent très-puissans, car leur empire s'étendit d'une mer à l'autre, jusqu'aux embouchures du Tibre[50] et du Trento. L'arrivée des Étrusques mit fin à leur vaste domination.