Les Belges sont reconnus unanimement par les écrivains anciens, comme Gaulois, formant avec les Galls, improprement appelés Celtes, la population de sang gaulois.
Le mot de Belges appartient à l'idiome Kymrique, où sous la forme Belgiaidd, dont le radical est Belg, il signifie belliqueux: il paraît donc n'être point un nom générique, mais un titre d'expédition militaire, de confédération armée. Il est étranger[41] à l'idiome des Galls, mais non à leurs traditions nationales encore subsistantes où les Bolg ou Fir-Bolg jouent un rôle important, comme conquérans venus des embouchures du Rhin dans l'ancienne Irlande. Nous ferons remarquer en passant que la forme Bolg et son aspirée Bholg, rappellent cette colonie belge fixée parmi les Galls du Rhône et des Cévennes, sous les noms de Bolgæ et Volcæ.
Note 41: Étranger est peut-être inexact: bolg en gallic signifie sac; mais quel singulier nom c'eût été pour un peuple!
Le nom de Belges était inconnu aux anciens auteurs grecs; il paraît récent en Gaule; du moins si on le compare aux noms de Galls, de Celtes, de Ligures, etc.
Des Belges s'établirent, comme on sait, sur la côte méridionale de l'île de Bretagne, au milieu de peuples bretons qui n'étaient point Galls, car la race gallique était alors refoulée à l'extrémité septentrionale, par-delà le golfe du Forth. Ni César ni Tacite n'ont remarqué aucune différence d'origine ou de langage entre ces Bretons et les Belges; les noms personnels et locaux dans les cantons habités par les uns et par les autres appartiennent d'ailleurs à la même langue, qui est le kymric.
En Gaule, César a donné pour limite méridionale aux Belges la Seine et la Marne. Strabon ajoute à cette première Belgique une seconde qu'il nomme Parocéanite ou Maritime, et qui comprend les peuples situés à l'ouest, entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire, c'est-à-dire les peuples que César et les autres écrivains romains appellent Armorikes, d'un nom gaulois qui signifie pareillement Maritimes[42]. Sans doute, le témoignage de César n'est pas aisément contestable dans ce qui regarde la Gaule. D'un autre côté Strabon connaissait les ouvrages des Massaliotes, il avait médité les récits de Posidonius, ce Grec célèbre qui avait parcouru la Gaule, du temps de Marius, en érudit et en philosophe[43]. Il fallait qu'il y eût entre les Armorikes et les Belges un grand nombre de ressemblances pour que Posidonius et Strabon déclarassent y voir une même race; il fallait aussi qu'il y eût des différences bien marquées pour que César en fît deux peuples. L'examen des faits de l'histoire nous montre les Armorikes établis en confédération politique indépendante, mais, dans le cas de guerres et d'alliances générales, se rattachant bien plus volontiers à la confédération des Belges qu'à celle des Galls. L'examen des faits philologiques nous montre que la même langue était parlée dans la Belgique de César et dans celle de Strabon. On peut donc conclure hardiment que les Armorikes et les Belges étaient deux peuples ou confédérations de la même race, arrivés en Gaule à deux époques différentes; et en thèse plus générale:
1º Que le nord et l'ouest de la Gaule et le midi de l'île de Bretagne, jusqu'au Forth étaient peuplés par une seule et même race formant la seconde branche de la population gauloise proprement dite.
2º Que la langue de cette race était celle dont les débris se conservent dans deux cantons de l'ancienne Armorike et de l'île de Bretagne.
3º Que le nom générique de la race nous est encore inconnu historiquement, à ce point de nos recherches; mais que la philologie nous révèle que ce nom doit être celui de Kymri.
Note 42: Armoricæ, Aremoricæ gentes, civitates. Ce mot appartient à la fois aux deux langues kymrique et gallique: ar et air (gaël.), ar (cymr. corn.), oar (armor.), sur; muir, moir (gaël.), môr (cymr. armor.), mer.