Après ces vives discussions, Manlius obtint le triomphe. Il étala dans cette solennité les couronnes d'or que lui avaient décernées les villes d'Asie, des sommes considérables en lingots et en monnaie d'or et d'argent, ainsi qu'un immense amas d'armes et de dépouilles entassées dans des chariots. Cinquante-deux chefs gaulois, les mains liées derrière le dos, précédaient son char[1000].
Note 1000: Tit. liv. l. XXXIX, c. 6.
ANNEES 187 à 63 avant J.-C.
A la faveur de cette paix forcée où l'asservissement de l'Asie réduisait les Galates, ceux-ci s'adoucirent rapidement et entrèrent dans la civilisation asiatique. On les voit renoncer à leur culte national, dont il ne se montre plus dès lors une seule trace, et figurer comme grands-prêtres dans les temples des religions grecque et phrygienne. Ainsi on trouve un Brogitar, pontife de la mère des dieux, à Pessinunte[1001]; un Dytœt, fils d'Adiato-rix, grand pontife de la Comane[1002], et plusieurs femmes, entre autres la courageuse et infortunée Camma, dont nous parlerons tout à l'heure, desservant les temples des déesses indigènes[1003]. Une statue colossale de Jupiter fut élevée à Tavion[1004]; Ancyre se rendit fameuse par ses fêtes en l'honneur d'Esculape, et par des jeux isthmiens, pythiens, olympiens, qui attirèrent le concours de toute la Grèce[1005]. Les tétrarques gaulois se piquèrent bientôt d'imiter les manières des despotes et des satrapes asiatiques. Ils voulurent faire, avec eux, assaut de somptuosité, et étalèrent dans leurs festins cette prodigalité absurde, magnificence des peuples à demi barbares. On rapporte qu'un certain Ariamne, jaloux d'effacer en savoir vivre tous les tétrarques ses rivaux, publia qu'il tiendrait table ouverte à tout venant pendant une année entière[1006]. Il fit construire à cet effet autour de sa maison de vastes enclos de roseaux et de feuillages, et dresser des tables permanentes qui pouvaient recevoir plus de quatre cents personnes. De distance en distance furent établis des feux où des chaudières de toute dimension, remplies de toutes sortes de viandes, bouillaient jour et nuit. Des magasins, construits dans le voisinage, renfermaient les approvisionnemens, en vin et en farine, amassés de longue-main; et des parcs à bœufs, à porcs, à moutons, à chèvres, placés à proximité, alimentaient le service des tables[1007]. Il est permis de croire qu'Ariamne, n'oublia pas, dans cette occasion, ces jambons de Galatie dont la réputation était si grande[1008]. Ce festin dura un an, et non-seulement Ariamne traita à discrétion la foule qui accourait chaque jour des villes et des campagnes voisines, mais il faisait arrêter sur les chemins les voyageurs et les étrangers, ne leur laissant point la liberté de continuer leur route, qu'ils ne se fussent assis à ses tables[1009].
Note 1001: Cicer. de Arusp. respons. nº 28.
Note 1002: Strabon. l. XII, p. 558.
Note 1003: Plutarch. de Virtut. mulier. p. 257.—Polyæni Stratag. l. VIII, c. 39.—Inscript. d'Ancyre, Tournef. t. II, p. 450.—Montf. palæograph. p. 154, 155 et suiv.
Note 1004: Διός κολοσσός χαλκοΰς. Strab. l. XII, p. 567.
Note 1005: Spanheim gotha numaria. p. 462 et suiv.
Note 1006: Athenæ. l, IV, c. 10.