Note 55: Plut. Mar. p. 416.—V. ci-dessous, t. I, période 1000 à 600
avant J.-C. et t. II, Année 102 avant J.-C.

De ce qui précède me paraît résulter le fait que l'Italie supérieure fut conquise dans le quinzième siècle avant notre ère par une confédération de tribus galliques portant le nom d'Ambra.

DEUXIEME CONQUETE.—Tandis que la première invasion s'était opérée en masse, avec ordre, par une seule confédération, la seconde fut successive et tumultueuse: durant soixante-six années, la Gaule versa sa population sur l'Italie, par les Alpes maritimes, par les Alpes Graïes, par les Alpes Pennines. Si l'on fait attention, en outre, qu'à la même époque (587) une émigration non moins considérable avait lieu de Gaule en Illyrie, sous la conduite de Sigovèse, on n'hésitera pas à croire que de si grands mouvemens tenaient à des causes plus sérieuses que cette fantaisie du roi Ambigat dont nous parle Tite-Live. La Gaule en effet présente dans toute cette période de temps les symptômes d'un pays qu'une violente invasion bouleverse.

Mais de quels élémens se composaient ces bandes descendues des Alpes pour envahir la haute Italie?

Tite-Live fait partir de la Celtique, c'est-à-dire des domaines des Galls, les troupes conduites par Bellovèse et par Elitovius; et l'émunération des tribus, telle que la donnent lui et Polybe, prouve en effet que le premier flot dut appartenir à la population gallique[56]. Voilà ce que nous savons pour la Transpadane.

Note 56: Voir les détails circonstanciés, ci-dessous, t. I, Année 587 avant J.-C. et seq.

Il n'est personne qui n'ait entendu parler de ce combat fameux livré par T. Manlius Torquatus à un géant gaulois sur le pont de l'Anio. Vrai ou faux, le fait était très-populaire à Rome; la peinture ne manqua pas de s'en emparer, et la tête du Gaulois tirant la langue et faisant d'horribles grimaces, figura sur l'enseigne d'une boutique de banque située au forum; l'enseigne, arrondie en forme de bouclier, portait le nom de Scutum cimbricum. Elle existait au-dessus de cette boutique dans l'année 586 de Rome, 167ème avant notre ère, ainsi qu'en fait foi une inscription des Fastes Capitolins, où il est dit: que le banquier de la maison à l'enseigne de l'Écu-cimbrique, Q. Aufidius, à fait banqueroute le 3 des calendes d'avril, et s'est enfui; que, rattrapé dans sa fuite, il a plaidé devant le préteur P. Fontéius Balbus, qui l'a acquitté[57].

Note 57: Voici dans son entier cette curieuse inscription.
(Reinesius, p. 342.)

III. K. APRILEIS. FASCES. PENES. ÆMILIUM. LAPIDIBUS. PLUIT. IN. VEIENTI POSTUMIUS. TRIB. PL. VIATOREM. MISIT. AD. COS. QUOD. IS. EO. DIE. SENATUM. NOLUISSET. COGERE. INTERCESSIONE. P. DECIMI. TRIB. PLEB. RES. EST. SUBLATA. Q. AUFIDIUS. MENSARIUS. TABERNÆ. ARGENTARIÆ. AD SCUTUM. CIMBRICUM. CUM. MAGNA. VI. ÆRIS. ALIENI. CESSIT. FORO. RETRACTUS. EX. ITINERE. CAUSSAM. DIXIT. APUD. P. FONTRIUM. BALBUM. PRÆT. ET. CUM. LIQUIDUM. FACTUM. ESSET. EUM. NULLA. FECISSE. DETRIMENTA. JUS. EST. IN. SOLIDUM. ÆS. TOTUM.

Ici le mot Cimbricum est employé comme synonyme de Gallicum; il est appliqué aux Boïes, aux Sénons, aux Lingons, qui faisaient la guerre aux Romains à l'époque où dut se passer le duel vrai ou prétendu; ces nations, établies en-deçà du Pô, étaient donc connues populairement en Italie sous le nom de Cimbri ou Kimbri (en se conformant à la prononciation latine), quoique les historiens ne les désignent que par la dénomination géographique et classique de Galli, Gaulois, attendu qu'ils sortaient de la Gaule.