Lorsque, soixante-six ans après la date de l'inscription citée plus haut, et deux cent soixante après le combat de l'Anio auquel elle fait allusion, l'invasion de Cimbri venus du nord renouvela en Italie la terreur de ce nom et fournit à Marius deux triomphes célèbres; le général vainqueur s'empara de l'écu cimbrique comme d'un emblème de circonstance, et se fit peindre un bouclier sur ce modèle populaire. Le bouclier cimbrique de Marius représentait, au rapport de Cicéron, un Gaulois[58] les joues pendantes, et la langue tirée. Le mot Cimbri désignait donc une des branches de la population gauloise, et cette branche avait des colonies dans la Cispadane; mais nous avons déjà reconnu antérieurement l'existence de colonies galliques dans la Transpadane; la population gauloise d'Italie était donc partagée en deux branches distinctes, les Galls et les Cimbri ou Kimbri.
Note 58: Pictum Gallum in Mariano scuto Cimbrieo, ejectâ linguâ, etc. Cicer. de Orator. l. II, c. 66.
III. GAULOIS TRANSRHÉNANS.
Première branche.
Nous avons parlé plus haut d'une double série d'émigrations commencées l'an 587 avant notre ère, sous la conduite de Bellovèse et de Sigovèse. Tite-Live nous apprend que l'expédition de Sigovèse partit de la Celtique, et que son chef était neveu du Biturige Ambigat, qui régnait sur tout ce pays, ce qui signifie que Sigovèse et ses compagnons étaient des Galls. Le même historien ajoute qu'ils se dirigèrent vers la forêt Hercynienne[59]: cette désignation est très-vague, mais nous savons par Trogue-Pompée qui, né en Gaule, puisait à des traditions plus exactes et plus précises, que ces Galls s'établirent dans l'Illyrie et la Pannonie[60]. Les historiens et les géographes nous montrent en effet une multitude de peuplades ou galliques ou gallo-illyriennes répandues entre le Danube, la mer Adriatique et les frontières de l'Épire, de la Macédoine et de la Thrace[61]. De ce nombre sont les Carnes[62], habitans des Alpes Carnikes, à l'orient de la grande chaîne alpine (Carn rocher); les Tauriskes (Taur ou Tor, élevé, montagne), nation gallique pure[63], et les Iapodes[64], nation gallo-illyrienne qui occupait les vallées de la Carinthie et de la Styrie; les Scordiskes, qui tenaient les alentours du mont Scordus, et dont la puissance fut redoutable même aux Romains[65]. Des terminaisons fréquentes en dunn, mag, dur, etc., des montagnes nommées Alpius et Albius, la contrée appelée Albanie, enfin un grand nombre de mots galliques dans l'albanais actuel, sont autant de preuves de plus du séjour des Galls dans ce pays.
Note 59: Sortibus dati Hercynii saltus. Tit. Liv. l. V, c. 34.
Note 60: Illyricos sinus penetravit… in Pannonia consedit. Domitis
Pannoniis. Justin… l. XXIV, c. 4.
Note 61: Voir ci-dessous, tome I, Année 281 avant J.-C. et seq.
Note 62: De Galleis Carneis. Inscript. è Fast. ap. Cluvier. Ital.
antiq. t. I, p. 169.
Note 63: Τανριστάς καί Ταυρισχούς, καί τούτους Γαλάτας. Strab. l.
VII p. 293.—Έθνη Κελτιχα. p. 313.—Polyb. l. II, p. 103.