DE LA RACE GAELIQUE. Son territoire; ses principales branches.—Ses conquêtes en Espagne; elles refoulent les nations ibériennes vers la Gaule où les Ligures s'établissent.—Ses conquêtes en Italie; empire ombrien, sa grandeur, sa décadence.—Commerce des peuples de l'Orient avec la Gaule; colonies phéniciennes.—Hercule tyrien.—Colonies rhodiennes.—Colonie phocéenne de Massalie, sa fondation, ses progrès rapides.—DE LA RACE KIMRIQUE. Situation de cette race en Orient et en Occident au septième siècle avant notre ère; elle est chassée des bords du Pont-Euxin par les nations scythiques.—Elle entre dans la Gaule, ses conquêtes.—Grandes émigrations des Galls et des Kimris en Illyrie et en Italie.—Situation respective des deux races.

Aussi loin qu'on puisse remonter dans l'histoire de l'Occident, on trouve la race des Galls occupant le territoire continental compris entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan, ainsi que les deux grandes îles situées au nord-ouest, à l'opposite des bouches du Rhin et de la Seine. De ces deux îles, la plus voisine du continent s'appelait Albin, c'est-à-dire l'Ile blanche[106]; l'autre portait le nom d'Er-in, l'Ile de l'ouest[107]. Enfin le territoire continental recevait spécialement la dénomination de Galltachd[108], qui signifiait Terre des Galls.

Note 106: Alb signifie à la fois élevé et blanc; inn, contracté de innis, île. Albion, insula, sic dicta ab albis rupibus quas mare alluit. Plin. l. XIV, c. 16.

Note 107: Eir, ou Jar, l'Occident.

Note 108: Gaeltachd, et plus correctement Gaidhealtachd, est encore aujourd'hui le nom du haut pays d'Écosse. De ce mot les Grecs firent Galatia, et de Galatia le nom générique Galatæ. Les Romains procédèrent à l'inverse; c'est du nom générique Galli qu'ils tirèrent la dénomination géographique Gallia.

Mais la Terre des Galls, ou la Gaule, n'était pas possédée en totalité par la race qui lui avait donné son nom. Un petit peuple, d'origine, de langue, de mœurs toutes différentes[109], le peuple aquitain, en habitait l'angle sud-ouest, formé par les Pyrénées occidentales et l'Océan, et circonscrit par le cours demi-circulaire de la Garonne. Ce peuple était un composé de bandes ibériennes ou espagnoles qui avaient passé les Pyrénées à des époques inconnues. Maîtresses d'un sol facile à défendre, elles s'y maintenaient entièrement indépendantes de la domination gallique.

Note 109: Strabon, l. IV, p. 176 et 189. Aquitani dans les écrivains latins; Άχουϊτανοί, chez les Grecs.

Les Galls, dans ces temps reculés, menaient la vie des peuples chasseurs et pasteurs; plusieurs de leurs tribus se teignaient le corps avec une substance bleuâtre, tirée des feuilles du pastel[110]; quelques-unes se tatouaient. Leurs armes offensives étaient des haches et des couteaux en pierre; des flèches garnies d'une pointe en silex ou en coquillage[111]; des massues, des épieux durcis au feu, qu'ils nommaient gais[112]; et d'autres appelés catéies qu'ils lançaient tout enflammés sur l'ennemi[113]. Leur armure défensive se bornait à un bouclier de planches, grossièrement jointes, de forme étroite et allongée. Ce fut le commerce étranger qui leur apporta les armes en métal, et l'art de les fabriquer eux-mêmes avec le cuivre et le fer de leurs mines. De petites barques d'osier, recouvertes d'un cuir de bœuf, composaient leur marine; et, sur ces frêles esquifs, ils affrontaient les parages les plus dangereux de l'Océan[114].

Note 110: Cæsar, Bell. gall. l. V, cap. 24.—Mel, l. III, c. 6.
—Plin. l. XXII, c. 2.—Herodian. l. III, p. 83.—Claudian. Bell. get.

Note 111: On trouve fréquemment de ces armes en pierre, soit dans les tombeaux, soit dans les cavernes qui paraissent avoir servi d'habitation à la race gallique. Les armes en métal ne les remplacèrent que petit à petit; et, après leur introduction, les Gaulois continuèrent encore long-temps à se servir des premières: aussi rencontre-t-on assez souvent les deux espèces réunies sous les mêmes tombelles.