Au nord de la Gaule habitait un grand peuple qui appartenait primitivement à la même famille humaine que les Galls, mais qui leur était devenu étranger par l'effet d'une longue séparation[211]: c'était le peuple des Kimris. Comme tous les peuples menant la vie vagabonde et nomade, celui-ci occupait une immense étendue de pays; tandis que la Chersonèse Taurique, et la côte occidentale du Pont-Euxin, étaient le siège de ses hordes principales[212]; son avant-garde errait le long du Danube[213]; et les tribus de son arrière-garde parcouraient les bords du Tanaïs et du Palus-Méotide. Les mœurs sédentaires avaient pourtant commencé à s'introduire parmi les Kimris; les tribus de la Chersonèse Taurique bâtissaient des villes, et cultivaient la terre[214]; mais la grande majorité de la race tenait encore avec passion à ses habitudes d'aventures et de brigandages.
Note 211: Voyez l'Introduction de cet ouvrage.
Note 212: Herod. l. IV, c. 21, 22, 23.
Note 213: Posidon. ap. Plutarch. in Mario, p. 411 et seq.
Note 214: Strabon (l. XI) appelle Kimmericum une de leurs villes; Scymnus lui donne le nom de Kimmeris (p. 123, ed. Huds.).—Éphore, cité par Strabon (l. V), rapporte que plusieurs d'entre eux habitaient des caves qu'ils nommaient argil: Έφορός φησιν αύτούς έν καταγείοις οίκίαις οίκεϊν άς καλοϋσιν άργίλλας. Argel, en langue cambrienne, signifie un couvert, un abri. Taliesin. W. Archæol. p. 80.—Merddhin Afallenau. W. arch. p. 152.
Dès le onzième siècle, les incursions de ces hordes à travers la Colchide, le Pont, et jusque sur le littoral de la mer Égée, répandirent par toute l'Asie l'effroi de leur nom[215]; et l'on voit les Kimris ou Kimmerii, ainsi que les Grecs les appelaient euphoniquement, jouer dans les plus anciennes traditions de l'Ionie un rôle important, moitié historique, moitié fabuleux[216]. Comme la croyance religieuse des Grecs plaçait le royaume des ombres et l'entrée des enfers autour du Palus-Méotide, sur le territoire même occupé par les Kimris, l'imagination populaire, accouplant ces deux idées de terreur, fit de la race kimmérienne une race infernale, anthropophage, non moins irrésistible et non moins impitoyable que la mort, dont elle habitait les domaines[217].
Note 215: Strab. l. I, III, XI, XII.—Euseb. Chron. ad annum MLXXVI.
—Paul. Oros. l. I, c. 21.
Note 216: Κατά τι κοινόν τών Ίώνων έθος πρός τό φϋλον τοϋτο…
Strab. l. III.
Note 217: Homer. Odyss. XI, v. 14.—Strab. l. C.—Callin. ap. eumd.
l. XIV.—Diodor. Sic. l. V. p. 309.
ANNEES 631 à 587 avant J.-C.