Note 205: Non aliter Massilienses, qui nunc inquilini videantur, quandoque regionum dominos futuros. Just. l. XLIII, c. 4.
Coman applaudit à la sagesse de ce discours, et ne dissimula plus ses desseins; il se chargea même de frapper sans délai sur les Massaliotes un coup aussi sûr qu'imprévu.
On était à l'époque de la floraison de la vigne, époque d'allégresse générale chez les peuples de race ionienne[206]. La ville de Massalie tout entière était occupée de joyeux préparatifs; on décorait de rameaux verts, de roseaux, de guirlandes de fleurs, la façade des maisons et les places publiques. Pendant les trois jours que durait la fête, les tribunaux étaient fermés et les travaux suspendus. Coman résolut de profiter du désordre et de l'insouciance qu'une telle solennité entraînait d'ordinaire, pour s'emparer de la ville et en massacrer les habitans. D'abord il y envoya ouvertement, et sous prétexte d'assister aux réjouissances, une troupe d'hommes déterminés; d'autres s'y introduisirent, en se cachant avec leurs armes au fond des chariots qui, des campagnes environnantes, conduisaient à Massalie une grande quantité de feuillages[207]. Lui-même, dès que la fête commença, alla se poster en embuscade dans un petit vallon voisin avec sept mille soldats, attendant que ses émissaires lui ouvrissent les portes de la ville plongée dans le double sommeil de la fatigue et du plaisir.
Note 206: Meursii in Græc. fer. (t. III, p. 798). Cette fête s'appelait les Anthesteria; Justin l'a confondue avec les Floralia des Romains (l. LXIII, c. 4).
Note 207: Plures scirpiis latentes, frondibusque supertectos induci vehiculis jubet (Just. l. XLIII, c. 4).
Ce complot si perfidement ourdi, l'amour d'une femme le déjoua. Une proche parente du roi, éprise d'un jeune Massaliote, courut lui tout révéler, le pressant de fuir et de la suivre[208]. Celui-ci dénonça la chose aux magistrats. Les portes furent aussitôt fermées, et l'on fit main-basse sur les Ségobriges qui se trouvèrent dans l'intérieur des murs. La nuit venue, les habitans, tous armés, sortirent à petit bruit pour aller surprendre Coman au lieu même de son embuscade. Ce ne fut pas un combat, ce fut une boucherie. Cernés et assaillis subitement dans une position où ils pouvaient à peine agir, les Ségobriges n'opposèrent aux Massaliotes aucune résistance; tous furent tués, y compris le roi[209]. Mais cette victoire ne fit qu'irriter davantage la confédération ligurienne; la guerre se poursuivit avec acharnement; et Massalie, épuisée par des pertes journalières, allait succomber, lorsque des événemens qui bouleversèrent toute la Gaule survinrent à propos pour la sauver[210]. Il est nécessaire à l'intelligence de ces événemens et de ceux qui les suivirent, que nous interrompions quelques instans le fil de ce récit, afin de reprendre les choses d'un peu plus haut.
Note 208: Adulterare cum Græco adolescente solita, in amplexu juvenis, miserata formæ ejus, insidias aperit, periculumque declinare jubet (Justin, ibid.).
Note 209: Cæsa sunt cum ipso rege septem millia hostium. Justin. l. XLIII, c. 4.
Note 210: Tit. Liv. l. V, c. 34.
ANNEES 1100 à 631 avant J.-C.