Note 293: Qui Rempublicam salvam esse vult me sequatur.
Tit. Liv. passim.
Note 294: Tumultus quasi tremor multus,—vel à tumendo. Cicer.
Philip. V, VI, VIII.—Quintil. VII, 3.
Note 295: Servius. Virgil. Æneid. VIII, 4.
Le récit des événemens qui s'étaient passés à Rome sous les yeux même des ambassadeurs porta au plus haut degré l'irritation des Gaulois. Quoiqu'ils n'eussent encore reçu que dix mille hommes des renforts qu'ils attendaient des bords du Pô, ils se mirent en marche à l'instant même, sans désordre cependant, et sans commettre de dévastations sur leur route. Tout fuyait devant eux. Les habitans des bourgades et des villages désertaient à leur approche, et les villes fermaient leurs portes; mais les Gaulois s'efforçaient de rassurer les esprits. Passaient-ils près des murailles d'une ville, on les entendait proclamer à grands cris «qu'ils allaient à Rome, qu'ils n'en voulaient qu'aux seuls Romains, et regardaient tous les autres peuples comme des amis[296].» Ils traversèrent le Tibre, et, cotoyant sa rive gauche, ils descendirent jusqu'au lieu où la petite rivière d'Allia, sortie des monts Crustumins, se resserre, et se perd avec impétuosité dans le fleuve. C'est là, à une demi-journée de Rome, qu'ils virent l'ennemi s'approcher. Sans lui laisser le temps de choisir et de fortifier un camp, sans lui permettre d'accomplir certaines cérémonies religieuses qui, chez lui, devaient précéder indispensablement les grandes batailles[297], ils entonnèrent le chant de guerre, et appelèrent les Romains au combat par des hurlemens que l'écho des montagnes rendait encore plus effroyables[298].
Note 296: Romam se ire. Tit. Liv. l. V, c. 37.—Μόνοις πολεμεϊν
Ρωμαίοις, τούς δ' άλλους φίλους έπίστασθαι. Plut. Camil. p. 137.
Note 297: Tit. Liv. l. V, c. 38.—Plut. Camil. p. 137.
Note 298: Truci cantu, clamoribusque variis, horrendo cuncta compleverant sono. Tit. Liv. l. V, c. 37.
De l'autre côté de l'Allia s'étendait une vaste plaine bornée à l'occident par le Tibre, à l'orient par des collines assez éloignées; les Romains s'y rangèrent en bataille. Leur droite s'appuya sur les collines, leur gauche sur le fleuve; mais la distance d'une aile à l'autre étant trop grande pour que la ligne fût partout également garnie, le centre manqua de profondeur et de force. Outre cela, comme ils tenaient à la possession de ces hauteurs, qui les empêchaient d'être débordés, ils y placèrent toute leur réserve, composée de vétérans d'élite appelés subsidiarii, parce qu'ils attendaient le moment de donner, un genou en terre, sous le couvert de leur bouclier[299].
Note 299: Subsidebant; hinc dicti subsidia. Festus.
Ainsi que les tribuns militaires l'avaient prévu, le combat s'engagea par la gauche des Gaulois. Le Brenn en personne entreprit de débusquer l'ennemi des monticules; il fut reçu vigoureusement par la réserve romaine soutenue de l'aile droite. L'engagement fut vif, et se prolongea avec égalité de succès de part et d'autre. Mais, lorsque le centre de l'armée gauloise s'ébranla, et marcha sur le centre ennemi, avec la fougue ordinaire à cette nation, les cris et le bruit des armes frappées sur les boucliers, les Romains, sans attendre le choc, se débandèrent, entraînant dans leur mouvement l'aile gauche qui bordait le Tibre. Ce fut dès lors une véritable boucherie. Les fuyards pressés entre les Gaulois et le fleuve furent, pour la plupart, massacrés sur la rive même. Un grand nombre, en voulant traverser le fleuve, qui dans ce lieu n'était pas guéable, se noyèrent, ou percés par les traits de l'ennemi, ou emportés par le courant[300]. Ceux qui parvinrent à gagner le bord opposé, oubliant dans leur frayeur et famille et patrie, coururent se renfermer à Véïes, que la république avait fait récemment fortifier[301]. Quant aux troupes de l'aile droite, leur résistance était désormais inutile; elles battirent en retraite le plus vite qu'elles purent. Comme elles se croyaient l'ennemi à dos, elles traversèrent, sans s'arrêter, la ville d'une extrémité à l'autre, et se réfugièrent dans la citadelle, publiant pour tout détail que l'armée était anéantie et les Gaulois aux portes de Rome[302]. Cette bataille mémorable fut livrée le 16 du mois de juillet[303].