Note 314: Tit. Liv. l. VIII, c. 6.—Tacit. Histor. l. III, c. 71.

Dans une position si favorable, une garnison tant soit peu nombreuse devait ne céder qu'à la famine; aussi les assiégés reçurent-ils avec mépris la sommation de se rendre. Le Brenn alors tenta d'emporter la place de vive force. Un matin, à la pointe du jour, il range ses troupes sur le forum[315], et commence à gravir avec elles la montée qui conduisait au Capitole. Jusqu'à la moitié du chemin, les Gaulois s'avancèrent sans trouver d'obstacles, poussant de grands cris, et joignant leurs boucliers au-dessus de leurs têtes, par cette manœuvre, que les anciens désignaient sous le nom de tortue[316]. Les assiégés, se fiant à la rapidité de la pente, les laissaient approcher pour les fatiguer; bientôt ils les chargèrent avec furie; les culbutèrent, et en firent un tel carnage que le Brenn n'osa pas livrer un second assaut, et se contenta d'établir autour de la montagne une ligne de blocus[317].

Note 315: Primâ luce, signo dato, multitudo omnis in foro instruitur.
Tit. Liv. l. V, c. 43.

Note 316: Indè, clamore sublato, ac testudine factà, subeunt.
Tit. Liv. l. V, c. 43.

Note 317: Amissâ itaque spe per vim atque arma subeundi, obsidionem
parant. Tit. Liv. l. V, c. 43.

Tandis que les deux partis, dans l'inaction, s'observaient mutuellement, les Gaulois virent un jour descendre à pas lents du Capitole un jeune Romain vêtu à la manière des prêtres de sa nation, et portant dans ses mains des objets consacrés[318]. Il pénètre dans leur camp; et, sans paraître ému ni de leurs cris, ni de leurs gestes, il le traverse tout entier ainsi que les ruines amoncelées de la ville jusqu'au mont Quirinal. Là il s'arrête, accomplit certaines cérémonies religieuses particulières à la famille Fabia, dont il était membre[319], et retourne par le même chemin au Capitole avec la même gravité, la même impassibilité, le même silence. Chaque fois les Gaulois le laissèrent passer sans lui faire le moindre mal, soit qu'ils respectassent son courage, soit que la singularité du costume, de la démarche et de l'action les eût frappés d'une de ces frayeurs superstitieuses auxquelles nous les verrons plus d'une fois s'abandonner[320].

Note 318: Gabino cinctu, sacra manibus gerens….. nihil ad vocem cujusquam terroremve motus. Tit. Liv. l. V, c. 46.

Note 319: Sacrificium erat statum… genti Fabiæ. Tit. Liv. ibid.

Note 320: Seu religione etiam motis….. Tit. Liv. l. V, c. 46.

Le siège commençait à peine, et déjà la disette tourmentait les assiégeans. Dans leur avidité imprévoyante, ils avaient dissipé en peu de jours les subsistances que les flammes avaient épargnées, et se voyaient réduits à vivre du pillage des campagnes, ressource faible et précaire pour une multitude indisciplinée, et dont le nombre s'augmentait de momens en momens; car les recrues de la Gaule cisalpine arrivaient successivement, et bientôt l'armée du Brenn ne compta pas moins de soixante-et-dix mille hommes[321]. Des divisions de cavaliers et de fantassins allaient donc battre la plaine de tous côtés et à de grandes distances de Rome[322]; ils s'avancèrent jusqu'aux portes d'Ardée, antique ville des Rutules, peu éloignée de la mer inférieure.