Note 321: Diodor. Sicul. l. XIV, p. 321.

Note 322: Exercitu diviso, partîm per finitimos prædari placuit.
Tit. Liv. l. V, c. 43.

Dans Ardée vivait un patricien romain, M. Furius Camillus, qui, après avoir rendu à la république d'éminens services à la tête des armées, s'était attiré la haine des citoyens par la dureté de son commandement, son arrogance et son faste aristocratique, et par l'impopularité obstinée de sa conduite. Appelé en jugement devant le peuple comme prévenu de concussion, Marcus Furius pour échapper à une condamnation déshonorante s'était exilé volontairement, et depuis une année il demeurait parmi les Ardéates[323]. Tout aigri qu'il était contre ceux à l'injustice desquels il attribuait sa disgrace, les malheurs et l'humiliation de Rome l'affligèrent vivement; et quand il vit ces Gaulois destructeurs de sa patrie venir piller impunément jusque sous les murs qu'il habitait, il sentit se soulever en lui le cœur du patriote et du soldat. Jour et nuit il haranguait les Ardéates, les pressant de s'armer, et combattant par ses raisonnemens la répugnance de leurs magistrats à s'embarquer dans une guerre dont Rome devait recueillir presque tout le fruit[324]. «Mes vieux amis, et mes nouveaux compatriotes[325], leur disait-il, laissez-moi vous payer, en vous servant, l'hospitalité que je tiens de vous. C'est dans la guerre que je vaux quelque chose, et dans la guerre seulement que je puis reconnaître vos bienfaits[326]. Ne croyez pas, Ardéates, que les calamités présentes soient passagères, et se bornent à la république de Rome; vous vous abuseriez. C'est un incendie qui ne s'éteindra pas qu'il n'ait tout dévoré…… Les Gaulois, vos ennemis, ont reçu de la nature moins de force que de fougue. Déjà rebutés d'un siège qui commence, vous les voyez se disperser dans les campagnes, se gorgeant de viandes et de vin, et dormant couchés comme des bêtes fauves là où la nuit les surprend, le long des rivières, sans retranchemens, sans corps-de-garde ni sentinelles[327]. Donnez-moi quelques-uns de vos jeunes gens à conduire; ce n'est pas un combat que je leur propose, c'est une boucherie. Si je ne vous livre les Gaulois à égorger comme des moutons, que je sois traité à Ardée de même que je l'ai été à Rome!»

Note 323: Tit. Liv. l. V.

Note 324: Plutarch. in Camil. p. 139.

Note 325: Ardeates, veteres amici, novi etiam cives mei.
Tit. Liv. l. V, c. 44.

Note 326: Ubi usus erit mei vobis, si in bello non fuerit? hâc arte
in patriâ steti. Tit. Liv. l. V, c. 44.

Note 327: Ubi nox appetit, propè rivos aquarum, sine munimento, sine stationibus ac custodiis, passim, ferarum ritu, sternuntur….. Me sequimini ad cædem non ad pugnam. Tit. Liv. l. V, c. 44. —Plut. Camil. p. 140.

Les talens militaires de M. Furius inspiraient une confiance sans bornes; d'ailleurs la circonstance pressait, car l'ennemi, enhardi par l'impunité, devenait chaque jour plus entreprenant. On donna donc une troupe de soldats d'élite à l'exilé romain, qui, sans faire aucune démonstration hostile, renfermé dans les murailles d'Ardée, épia patiemment l'heure favorable.

Elle ne se fit pas long-temps désirer. Les Gaulois, dans une de leurs courses, vinrent faire halte à quelques milles de là. Ils emportaient avec eux du butin qu'ils se partagèrent, et du vin dont ils burent avec excès; chefs et soldats ne songèrent à autre chose qu'à s'enivrer, et la nuit les ayant surpris incapables de continuer leur route, et même de dresser leurs tentes, ils s'étendirent sur la terre pêle-mêle au milieu de leurs armes. Le sommeil et un silence profond régnèrent bientôt sur toute la bande[328]. Ce fut alors que Furius Camillus, averti par ses espions, sortit d'Ardée, et tomba sur les campemens des Gaulois, au milieu de la nuit. Il avait ordonné à ses trompettes de sonner, et à ses soldats de pousser de grands cris[329], dès qu'ils seraient arrivés; mais ce tumulte fit à peine revenir les Gaulois de leur sommeil; quelques-uns se battirent; la plupart furent tués encore endormis. Ceux qui, profitant de l'obscurité, parvinrent à s'échapper, la cavalerie ardéate les atteignit au point du jour[330]; enfin un détachement nombreux qui avait gagné le territoire d'Antium, à dix milles d'Ardée, fut exterminé par les paysans[331].