J'ai dit tout-à-l'heure que le bas-breton ou armoricain, parlé dans une partie de la Bretagne française, était un dialecte kymrique. Le mélange d'un grand nombre de mots latins et français a altéré, il est vrai, ce dialecte; mais les témoignages historiques font foi qu'au cinquième siècle, il était presque identiquement le même que celui de l'île de Bretagne, puisque les insulaires, réfugiés dans l'Armorike, pour échapper à l'invasion des Angles, y trouvèrent, disent les contemporains, des peuples de leur langage[6]. Les noms tirés de la géographie et de l'histoire démontrent en outre que le même idiome avait été bien parlé antérieurement au cinquième siècle dans tout l'ouest et le nord de la Gaule. Ce pays ainsi que le midi de l'île de Bretagne auraient donc été peuplés anciennement par la race parlant le kymric. Mais quel est le nom générique de cette race? est-ce Armorike? est-ce Breton? Armorike, qui signifie maritime, est une dénomination locale et non générique; Breton, paraît n'être qu'un nom particulier de tribu[7]; nous adopterons donc provisoirement comme le vrai nom de cette race celui de Kymri, qui, dès le sixième siècle, la désignait déjà dans l'île de Bretagne.
Note 6: Consulter le Mithridates d'Adelung et de Vater, t. II,
p. 157.
Note 7: Les Triades galloises font dériver ce nom de Prydain fils
d'Aodd. Ynys Prydain, l'île de Prydain. Cf. ci-après t. I, p. 47.
Je dois consacrer quelques lignes aux rapports mutuels des deux idiomes kymrique et gallique, considérés toujours sous le point de vue de l'histoire. Ne pouvant présenter ici que des résultats généraux et très-sommaires, je dirai, sans m'engager dans aucun examen de détail, que le fond de tous deux est le même, qu'ils dérivent sans nul doute d'une langue-mère commune; mais qu'à côté de cette similitude frappante dans les racines et dans le système général de la composition des mots on remarque de grandes différences dans le système grammatical, différences essentielles qui constituent deux langues bien séparées, bien distinctes quoique sœurs, et non pas seulement deux dialectes de la même langue.
Il me reste à ajouter que le gallic et le kymric appartiennent à cette grande famille de langues dont les philologues placent la source dans le sanscrit, idiome sacré de l'Inde.
Les inductions historiques qui découlent de cet examen des langues peuvent se résumer ainsi:
1º Une population ibérienne distincte de la population gauloise habitait plusieurs cantons du midi de la Gaule, sous les noms d'Aquitains et de Ligures.
2º La population gauloise proprement dite se subdivisait en Galls et en Kymri.
3º Les Galls avaient précédé les Kymri sur le sol de l'île de Bretagne et probablement aussi sur celui de la Gaule.
4º Les Galls et les Kymri formaient deux races appartenant à une seule et même famille humaine.