Le gaëlic ou gallic, conformément à la prononciation, est parlé dans la haute Écosse, l'Irlande, les Hébrides et l'île de Man. Il n'existe pas de trace qu'un autre idiome ait été en usage plus anciennement dans ces contrées, puisque les dénominations les plus antiques de lieux, de peuples, d'individus, appartiennent exclusivement à cette langue. Si l'on veut suivre ses vestiges par le moyen des nomenclatures géographique et historique, on trouve qu'elle a régné dans toute la basse Écosse, et dans l'Angleterre, d'où elle paraît avoir été expulsée par la langue kymrique; on la reconnaît encore dans une portion du midi et dans tout l'est de la Gaule, dans la haute Italie, dans l'Illyrie, dans le centre et l'ouest de l'Espagne.

Mais, sur le continent, ce sont surtout les provinces orientales et méridionales de la Gaule qui portent l'empreinte manifeste du passage de cette langue; ce n'est qu'à l'aide du glossaire gallique qu'on peut découvrir la signification des noms géographiques, ou de dignités, d'institutions, d'individus, appartenant à la population primitive de ce pays. De plus, nos patois actuels de l'est et du midi fourmillent de mots étrangers au latin et qu'on reconnaît être des mots de la langue gallique.

On peut induire de ces faits:

1º Que la race parlant le gallic a occupé, dans des temps reculés, les îles Britanniques et la Gaule, et de ce foyer s'est répandue dans plusieurs cantons de l'Italie, de l'Espagne et de l'Illyrie.

2º Qu'elle a précédé dans l'île de Bretagne la race parlant le kymric.

Mais ce nom de Gall n'était rien moins qu'inconnu à l'antiquité; sous la forme latine de Gallus, sous la forme grecque de Galatès[4] il est inscrit dans les annales de tous les peuples anciens; il y désigne génériquement les habitans de la Gaule d'où partirent à différentes fois des émigrations nombreuses en Italie, en Illyrie, en Espagne. D'après ces rapprochemens, il serait difficile de ne pas reconnaître l'identité des deux noms, et par conséquent des deux peuples; et de ne pas regarder la race des Galls, parlant aujourd'hui la langue gallique, comme un reste de l'une des races dont se composait l'ancienne population gauloise.

Note 4: Gaidheal, Gael, (Gall), Gallus et le nom du pays Gallia, Gaule. Les Grecs ont procédé autrement que les Latins. Du nom du pays, Gaidhealtachd ou Gaeltachd (Galltachd), terre des Galls, ils ont fait Galatia, Γαλατία, et de ce mot ils ont formé le nom générique Galatès, Γαλάτης.

III. De la langue kymrique.

La province de l'île de Bretagne, appelée pays ou principauté de Galles, est habitée, comme on sait, par un peuple qui porte dans sa langue maternelle le nom de Cynmri[5] ou Kymri, et depuis les temps les plus reculés, n'en a jamais reconnu d'autre. Des monumens littéraires authentiques attestent que cette langue, le cynmraig ou kymric, était cultivée avec un grand éclat dès le sixième siècle de notre ère, non-seulement dans les limites actuelles de la principauté de Galles, mais tout le long de la côte occidentale de l'Angleterre, tandis que les Anglo-Saxons, population germanique, occupaient par conquête le centre et l'est. L'examen des nomenclatures géographique et historique de la Bretagne antérieures à l'arrivée des Germains prouve aussi qu'avant cette époque le kymric régnait dans tout le midi de l'île, où il avait succédé au gallic relégué dans le nord.

Note 5: La voyelle y dans le mot kymri se prononce d'une manière sourde à peu près comme l'u anglais dans but.