Note 451: Pour fixer, même d'une manière approximative et vague, l'époque de l'arrivée des Belges en-deçà du Rhin, nous n'avons absolument aucune autre donnée que l'époque de leur établissement dans la partie de la Gaule que nous appelons aujourd'hui le Languedoc; établissement qui paraît avoir été postérieur de très-peu de temps à l'arrivée de la horde. Or, tous les récits mythologiques ou historiques, et tous les périples, y compris celui de Scyllax écrit vers l'an 350 avant J.-C., ne font mention que de Ligures et d'Ibéro-Ligures sur la côte du bas Languedoc où s'établirent plus tard les Volkes ou Belges. Ce n'est que vers l'année 281 que ce peuple est nommé pour la première fois; en 218, lors du passage d'Annibal, il en est de nouveau question. C'est donc entre 350 et 281 qu'il faut fixer l'établissement des Belges dans le Languedoc; ce qui placerait leur arrivée en-deçà du Rhin dans la première moitié du quatrième siècle. Il est remarquable que cette époque coïncide avec celle d'une longue paix entre les Cisalpins et Rome, et de tentatives d'émigration de la Gaule transalpine en Italie. Voyez le chapitre précédent à l'année 299.

Note 452: Les Belges, dans les anciennes traditions irlandaises, sont
désignés par le nom de Fir-Bholg (Ancient Irish hist. passim).
Ausone (de clar. urb.—Narbo.) témoigne que le nom primitif des
Tectosages était Bolg.

Tectosagos primævo nomine Bolgas.

Cicéron leur donne celui de Belgæ: «Belgarum Allobrogumque testimoniis credere non timetis?» (Pro Man. Fonteïo. Dom Bouquet, Recueil des hist., etc., p. 656.)—Les manuscrits de César portent indifféremment Volgæ et Volcæ.—Enfin saint Jérôme nous apprend que l'idiome des Tectosages était le même que celui de Trêves, ville capitale de la Belgique. V. ci-dessous les chap. VI et X.

Nous ne savons rien des guerres que les Belges, avant de rester possesseurs paisibles du pays qu'ils avaient envahi, soutinrent contre les populations antérieures. L'histoire nous montre seulement les Tectosages, vers l'année 281, faisant partir de Tolosa une émigration considérable, sur les motifs de laquelle les écrivains ne sont pas d'accord. Les uns l'attribuent à l'excès de population[453] qui de bonne heure se serait fait sentir parmi les Volkes serrés étroitement de tout côté par les anciennes peuplades galliques, aquitaniques et liguriennes; d'autres lui assignent pour cause des révoltes et des guerres intestines. «Il s'éleva chez les Tectosages, disent-ils, de violentes dissensions, par suite desquelles un grand nombre d'hommes furent chassés et contraints d'aller chercher fortune au dehors[454].» Les émigrans, quel que fût le motif de leur départ, sortirent de la Gaule par la forêt Hercynie et entrèrent dans la vallée du Danube; c'était la route qu'avaient suivie, 321 ans auparavant, les Galls compagnons de Sigovèse[455]. Dans ce laps de temps, ces anciens émigrés de la Gaule s'étaient prodigieusement accrus; maîtres des meilleures vallées des Alpes, ils formaient de grands corps de nations qui s'étendaient jusqu'aux montagnes de l'Épire, de la Macédoine et de la Thrace. Bien que placés sur la frontière des peuples grecs, ils n'étaient entrés en relation avec eux que fort tard, et voici à quelle occasion.

Note 453: Justin. l. XXIV, c. 4.

Note 454: Στάσεως έμπεσούσης, έξελάσαι πολύ πλήθος έξ έαυτών έκ τής οίκείας… Strab. l. IV, p. 187.—Polyb. l. II, p. 95.

Note 455: Voyez ci-dessus chap. I, Année 587 avant J.-C.

ANNEES 340 à 281 avant J.-C.

L'an 340 avant notre ère, Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine, ayant fait une expédition, vers les bouches du Danube, contre les tribus scythiques ou teutoniques qui ravageaient la frontière de Thrace, quelques Galls se rendirent dans son camp, attirés soit par la curiosité du spectacle, soit par le désir de voir ce roi déjà fameux. Alexandre les reçut avec affabilité, les fit asseoir à sa table, au milieu de sa cour, et prit plaisir à les éblouir de cette magnificence dont il aimait à s'environner, jusque sur les champs de bataille. Tout en buvant, il causait avec eux par interprète: «Quelle est la chose que vous craignez le plus au monde?» leur demanda-t-il, faisant allusion à la célébrité de son nom et au motif qu'il supposait à leur visite. «Nous ne craignons, répliquèrent ceux-ci, rien que la chute du ciel.»—«Cependant, ajoutèrent-ils, nous estimons l'amitié d'un homme tel que toi[456].» Alexandre dissimula prudemment la mortification que cette réponse dut lui faire éprouver, et se tournant vers ses courtisans non moins surpris que lui, il se contenta de dire: «Voilà un peuple bien fier[457]!» Toutefois, avant de quitter ses hôtes, il conclut avec eux un traité d'amitié et d'alliance.