ÉROS
Érôs un jour dans les roses
Une abeille cachée
Ne vit pas, et fut piqué.
Blessé au doigt
De la main, il gémit;
Et courant et volant
A la belle Cythérée:
«Je suis perdu, mère», dit-il,
«Je suis perdu, et je me meurs!
Un petit serpent m'a frappé;
Il a des ailes: c'est abeille
Que le nomment les laboureurs.»
Elle répondit: «Si le dard
De l'abeille fait tant de peine,
Combien devront souffrir, crois-tu?
Érôs, ceux que tu frappes?»
XLI
LE FESTIN
Buvons le vin joyeux
Et célébrons Bacchus,
L'inventeur de la danse,
L'ami de toute chanson,
Le compagnon d'Amour,
Le bien-aimé de Cythérée.
Par lui l'Ivresse est enfantée,
Par lui les Grâces sont nées,
Par lui sont calmés les Chagrins,
Par lui endormie la Tristesse.
Dès que la boisson versée
De beaux enfants m'apportent,
Ma peine s'en va se mêler
A la tempête qui tourne au gré du vent.
Donc, prenant une coupe,
Bannissons les soucis.
Car, que gagnez-vous à
Souffrir d'inquiétude?
Comment lire dans l'avenir?
La vie est obscure aux mortels.
En buvant, je veux danser
Et, parfumé, folâtrer
Avec de belles femmes.
Absorbez-vous, si vous voulez,
Dans tous les soucis possibles:
Nous, joyeux, buvons du vin
Et célébrons Bacchus.
XLII
CE QUE J'AIME LE PLUS
Je recherche les danses
Du jovial Bacchus:
J'aime à jouer de la lyre
A table avec un bel éphèbe.
Des couronnes d'hyacinthe
A mes tempes ajustées,
Folâtrer avec de jeunes vierges:
Voilà ce que j'aime surtout.
Mon cœur ne connaît pas la haine,
Ignore l'envie dévorante;
De la langue médisante
Je fuis les traits subtils.
Je hais les querelles d'ivrognes
Et de gourmands dans les repas.
Avec de jeunes filles,
Aux sons de la lyre dansant,
Goûtons le bonheur de la vie tranquille.