LA CIGALE
Nous disons: «Heureuse Cigale!»
Dès que, sur la cime des arbres,
Tu as bu quelques gouttes de rosée,
Ainsi qu'une reine, tu chantes.
Car, c'est bien à toi, tout
Ce que tu vois dans les champs
Et que produisent les forêts.
Tu es l'amie des laboureurs,
Ne leur causant aucun dommage;
Tu es vénérée des mortels,
Douce prophétesse de l'Été.
Les Muses te chérissent,
Il te chérit aussi, Phébus,
Qui t'a dotée d'une voix harmonieuse.
La vieillesse ne t'accable pas.
Sage, fille de la Terre, amoureuse des chants,
Impassible, sans chair ni sang,
Tu es, ou peu s'en faut, égale aux Dieux.
XLIV
UN RÊVE
Il me semblait courir en rêve,
Portant des ailes aux épaules:
Mais Érôs, avec une chaîne de plomb
Autour de ses petons charmants,
Me poursuivait, et m'atteignit.
Que veut dire ce songe?
Ceci, je crois: c'est, qu'engagé
Dans de nombreux amours,
J'ai pu me dégager des autres,
Mais celui-ci me retient enchaîné.
XLV
LES FLÈCHES DE L'AMOUR
Le mari de la Cythérée
Aux forges de Lemnos,
Les flèches des Amours
Forgeait avec de l'acier.
Cypris en trempait les pointes
Dans le miel le plus doux:
Érôs y mêlait du fiel.
Arès un jour, de retour de la guerre,
Brandissant sa forte lance,
Ravalait les traits de l'Amour.
«Tiens», dit Érôs: «celui-ci
Est-il perçant? Éprouve-le, pour en juger?»
Mars prit le trait,
Cypris sourit;
Mais Arès, en gémissant:
«Oh! oui, bien perçant!» Reprends-le.
«—Garde-le», répond Érôs.
XLVI
IMPRÉCATIONS CONTRE L'ARGENT