Je chante l'amour de Phébus,
Son ardeur qui passa comme un souffle;
C'est qu'elle était sage, la jeune fille:
Elle a fui l'aiguillon du dieu
Et changé sa forme naturelle:
Elle agite maintenant ses feuilles verdoyantes.
Cependant Phébus allait, Phébus
Espérait dompter la vierge;
Même, en cueillant un rameau vert,
Il croyait satisfaire son désir.

Eh! mon cœur, d'où ce délire?
D'où ce bel emportement?
Prends des forces, lance le trait,
Touche le but, et puis va-t'en.
Laisse l'arc d'Aphrodite,
Cet arc vainqueur des Dieux.
Imite Anacréon,
Le chantre mélodieux.
Présente à mes amants la coupe,
La coupe des discours aimables.
Que cette boisson, ce nectar
Les console de la fuite
De cet astre étincelant, l'Or.

LXI

L'OR

Toi qui de la fraude et des haines
As mis l'amour au cœur des hommes;
Qui leur ravis ces plaisirs: la lyre, les hymens,
Et les baisers honnêtes;
Toi qui versas la coupe des passions:
Quand tu voudras, tu peux partir.
Mais la chanson de ma lyre,
Je ne la négligerai pas un instant.
Va plaire, rival des Muses,
Aux étrangers perfides, sans foi.
Mais moi, le joueur de lyre,
J'aurai dans mon âme les Muses, pauvres
Proscrites: tu ne feras qu'exciter leur ardeur,
Et ma gloire resplendira.

LXII

MÊME SUJET

Quand ce fugitif, l'Or,
Me fuit de ses pieds
Rapides comme les vents
(Et toujours, toujours il me fuit),
Je ne cours pas après lui: car,
Qui recherche son ennemi?
Aussitôt séparé
De ce fugitif, l'Or,
Je laisse les vents emporter
Tous les soucis de mon esprit;
Je prends la lyre et je chante
Des chants d'amour.
Mais, à mon tour quand la raison
M'apprend à le mépriser,
Soudain le fugitif revient me saluer,
Ramenant l'ivresse des soucis,
Me pressant de le prendre avec moi,
En délaissant ma lyre pour longtemps.
Déloyal, Or déloyal,
Inutile de me charmer par tes amorces:
Ma lyre m'est plus que l'Or,
Elle qui sait chanter les belles passions.

LXIII

ÉPITHALÀME