III

L'AMOUR MOUILLÉ

Naguère, au milieu de la nuit,
Quand l'Ourse déjà tourne
Près de la main du Bouvier,
Et que les races mortelles
Dorment, domptées par le travail;
Érôs, survenant soudain,
Frappait aux verrous de ma porte.
«Qui heurte à ma porte?» criai-je;
«Vous mettez en fuite mes songes.»
Mais Érôs:—«Ouvre», dit-il,
«Je suis un enfant: ne crains pas.
Je suis mouillé, et dans la nuit
Sans lune je suis égaré.»

A ces mots, j'eus pitié.
Ma lampe aussitôt rallumée,
J'ouvris et je vis en effet
Un enfant qui portait un arc,
Des ailes, avec un carquois.
Près du feu je l'assieds,
Dans mes mains je réchauffe
Les siennes, et de sa chevelure
J'exprime l'humidité.
Mais, à peine réchauffé:
«Çà,» dit-il; «essayons
Cet arc, et voyons à quel point
Est endommagée sa corde mouillée.»

Il le bande, et me frappe
En plein cœur, comme un taon.
Puis, avec une gambade et des éclats de rire:
«Mon hôte,» dit-il, «adieu;
Mon arc n'a pas souffert:
C'est ton cœur qui souffrira.»

IV

SUR LUI-MÊME

Sur un lit de myrtes tendres,
D'herbes fleuries de lotos
Répandu, je veux boire.
Qu'Érôs, avec un lien de papyrus
Relevant à son cou la tunique,
M'apporte du vin pur.
Car, comme la roue du char,
Notre vie court emportée:
Nous reposerons, légère
Cendre, et fantôme sans os.
A quoi bon parfumer la tombe
Et verser à la terre de vaines libations?
Mais plutôt, pendant que je vis,
Parfume-moi; couvre ma tête
De roses; appelle l'hétaïre.
Amour, avant de m'en aller
Danser dans les Enfers,
Je prétends dissiper mes soucis.

V

LA ROSE