Amis, mêlons au vin
La rose des Amours:
Attachant à nos tempes
La rose aux belles feuilles,
Buvons, avec le sourire de la volupté.
Rose, ô reine des fleurs,
Rose, amour du Printemps,
Et charme des Dieux mêmes;
Rose, dont le fils de Cythérée
Fait une couronne à ses beaux cheveux,
Pour danser avec les Grâces;
Ceins ma tête et, lyre en main,
Auprès de tes autels, Bacchus,
Avec une fille au sein opulent,
De couronnes de roses
Enguirlandé, j'irai danser.

VI

LE CHANT DU KOMOS

Mariant à nos fronts
Des couronnes de roses,
Nous buvons avec le sourire de la volupté.
Aux sons de la lyre une jeune fille,
Portant des thyrses qui frémissent
Dans leurs tresses de lierre,
Agite ses pieds délicats.
Ce pendant un garçon aux cheveux ondoyants,
Par les trous qui doucement soupirent,
Sur les flûtes s'amuse
A verser des sons harmonieux.
Érôs aux cheveux d'or,
Avec le beau Bacchus,
La belle Cythérée,
Tout joyeux poursuit le festin
Chéri des vieillards.

VII

L'AMOUR COUREUR

Avec une branche d'hyacinthe
Érôs me frappant durement au visage,
M'ordonna de courir avec lui.
Et par les torrents rapides,
Par les taillis, par les ravins,
Je courus: la chaleur m'accablait,
Mon âme à mes lèvres montait;
Un peu plus, et j'étais mort,
Quand Érôs, ventilant mon front
De ses douces ailes, me dit:
«Tu ne sais pas aimer.»

VIII

LE RÊVE

Dans la nuit reposant
Sur des tapis de pourpre,
Égayé par Bacchus,
Je me voyais sur la pointe des pieds
Courant agilement
Et folâtrant avec des jeunes filles;
Puis, raillé par de jeunes hommes
Plus vermeils que Bacchus,
Qui me lançaient des paroles mordantes
A propos de ces belles.
Je voulus les baiser:
Tous alors me quittèrent;
Et, resté seul, infortuné,
Je ne songeai qu'à me rendormir.