IX
LA COLOMBE
«Aimable Colombe,
D'où viens-tu en volant?
Où pris-tu ces parfums
Que, dans les airs où tu cours,
Tu exhales et tu répands?
Qui es-tu? quel soin t'occupe?»
—«Anacréon m'envoie
Vers son amant Bathylle,
De tous les cœurs aujourd'hui
Le souverain et le prince.
Cythérée m'a vendue
Pour une odelette;
C'est moi qu'Anacréon emploie
Pour ses grands messages,
Et tu vois quelles lettres
Je porte pour lui.
Il dit qu'aussitôt revenue,
Il me rendra la liberté:
«Et moi, même affranchie,
Je veux rester près de lui, son esclave.
Qui m'oblige à voltiger
Par les monts et par les champs
Et, sur les arbres perchée,
Manger quelques graines rustiques?
A présent je mange du pain:
Je n'ai qu'à le prendre des mains
D'Anacréon lui-même;
Il me donne à boire
Du vin qu'il s'est versé.
Quand j'ai bu, je sautille
Et de mes ailes j'ombrage
Mon maître;
Jusque sur sa lyre
Posée je m'endors.
«Tu sais tout: adieu.
Tu m'as rendue plus bavarde,
Étranger, qu'une corneille.»
X
L'AMOUR DE CIRE
Un adolescent vendait
Un Amour de cire.
Je vais à lui:
«Combien veux-tu,» lui dis-je,
«Que je te donne de ta figurine?»
Il me répond dans son patois Dorique:
—«Prends-le pour ce que tu veux.
Mais pour t'apprendre à le connaître,
Je ne suis pas faiseur de figures de cire;
Mais je ne veux plus vivre avec
Un Amour capable de tout faire.
—Eh bien! donne, donne-moi donc
Pour une drachme ce charmant coucheur.»
Et toi, Amour, sur-le-champ
Enflamme-moi; sinon,
Je t'enverrai te fondre dans les flammes.