LE GAI VIEILLARD

Les Femmes me disent:
«Anacréon, tu vieillis.
Prends ce miroir, et regarde:
Tu n'as plus de cheveux,
Ton front est dégarni.»
Pour moi, si j'ai des cheveux
Encore, ou si n'en ai plus,
Je ne sais: mais je sais bien
Qu'un vieillard doit d'autant plus
Se donner de l'agrément,
Qu'il est plus voisin de la Parque.

XII

A UN MERLE

Que veux-tu que je fasse,
Dis, merle bavard?
Tes légères ailes, veux-tu
Que je les prenne et je les coupe?
Aimes-tu mieux que de ton bec,
Comme fit le fameux Térée,
Je moissonne la langue?
Pourquoi de mes rêves charmants
Par ton chant matinal
Avoir fait fuir Bathylle?

XIII

FUREUR DE L'AMANT

On dit qu'épris de la belle Cybèle
Athys, ce mâle mutilé,
Fut saisi d'un furieux délire
Qui lui faisait pousser des cris sur les montagnes.
Et ceux qui, sur les collines de Claros,
De Phébus porte-lauriers
Boivent l'onde inspiratrice,
Hurlent, prophètes furieux.
Mais moi, c'est rassasié de vin
Et de parfums
Et de l'amour de ma maîtresse,
Que je veux, oui, je veux délirer.

XIV

L'AMOUR DOMPTEUR