Je veux, je veux aimer.
Amour me conseillait d'aimer:
Mais moi, esprit inconsidéré,
Je n'étais pas persuadé.
Soudain, prenant son arc
Et son carquois d'or,
Il me provoque au combat.
Alors, j'endosse
La cuirasse, comme Achille;
Je prends des javelots avec un bouclier,
Et vais lutter avec l'Amour.
Il lance ses traits: je fuis,
Et, dès qu'il n'a plus de flèches,
Il trépigne, et c'est lui-même
Qui se lance au lieu de trait.
Alors mon cœur se fondit,
Les forces m'abandonnèrent.
En vain je porte un bouclier:
Que sert de combattre au dehors,
Quand l'ennemi est dans la place?
XV
VIVRE SANS ENVIE
Je n'ai cure de Gygès,
Le prince de Sardes;
L'ambition n'est pas mon fait,
Et je n'envie pas les rois.
Mon souci, c'est d'arroser
Ma barbe de parfums;
Mon souci, c'est d'enguirlander
Ma tête de roses.
Aujourd'hui fait mon souci:
Qui connaît le lendemain?
Aussi, par ce temps serein,
Bois et joue
Et fête Lyæus,
Avant qu'un mal ne vienne
Te dire: «Il ne faut plus boire.»
XVI
LE POÈTE VAINCU
Tu chantes la guerre de Thèbes,
Les cris des combattants Troyens:
Moi, je chante mes défaites.
Qui m'a perdu?—Ce n'est pas le cavalier,
Ni le fantassin, ni le matelot:
C'est un étrange soldat,
Qui fait feu par les yeux.
XVII
LA COUPE D'ARGENT
Travaille l'argent au ciseau,
O Vulcain, pour me faire,
Non pas une armure
(Je n'aime pas les combats),
Mais une coupe creuse,
Aussi profonde que possible.
Ne va pas graver dessus
Les Astres ni le Chariot,
Ni le sombre Orion:
Qu'ai-je à faire des Pléiades
Ou de l'étoile du Bouvier?
Mais fais-moi verdir les vignes sur ses flancs,
Et les raisins briller
Et les Ménades vendanger.
N'oublie pas d'y dresser un pressoir,
Où fouleront les grappes,
Avec le beau Bacchus dans l'or incrustés,
Érôs et Bathylle.