—J’estime, ajouta-t-il, que la lune est plus ancienne que le soleil. Elle est une divinité très puissante, amie des Gaulois.
—La divinité de la lune, répondit César, est reconnue par les Romains et par les Grecs. Mais ne crois pas, Commius, que cet astre, qui brille sur l'Italie et sur toute la terre, soit particulièrement favorable aux Gaulois.
—Prends garde, Julius, répondit l'Atrébate, et pèse tes paroles. La lune que tu vois ici courir dans les nuées n'est pas la lune qui luit à Rome sur vos temples de marbre. D'Italie on ne pourrait voir celle-ci, bien qu'elle soit grande et claire. La distance ne le permet pas.
III
L'hiver vint recouvrir la Gaule d'ombre, de glace et de neige. Le cœur des guerriers s'émut, dans la hutte de roseaux, au souvenir des chefs et des serviteurs tués par César ou vendus à l'encan. Parfois un homme venait, à la porte de la hutte, mendiant du pain et montrant ses poignets coupés par le licteur. Et les guerriers s'indignaient dans leur cœur. Ils échangeaient entre eux des paroles de colère. Des assemblées nocturnes se tenaient au fond des bois et dans le creux des rochers.
Cependant le roi Komm chassait avec ses fidèles à travers les forêts, au pays des Atrébates. Chaque jour, un messager portant la saie rayée et les braies rouges venait, par des sentiers inconnus, au-devant du roi, et, ralentissant près de lui le pas de son cheval, lui disait à voix basse:
—Komm, ne veux-tu pas être un homme libre dans un pays libre? Komm, subiras-tu longtemps l'esclavage des Romains?
Et le messager disparaissait dans l'étroit chemin où les feuilles tombées amortissaient le galop de son cheval.
Komm, roi des Atrébates, demeurait l'ami des Romains. Mais, peu à peu, il se persuada qu'il convenait que les Atrébates et les Morins fussent libres, puisqu'il était leur roi. Il lui déplaisait aussi de voir les Romains, établis à Némétocenne, siéger dans des tribunaux, où ils rendaient la justice, et des géomètres venus d'Italie tracer des routes à travers les forêts sacrées. Enfin il admirait moins les Romains depuis qu'il avait vu leurs liburnes brisées contre les falaises bretonnes et les légionnaires pleurer la nuit, sur la grève. Il continuait d'exercer la souveraineté au nom de César. Mais il parlait à ses fidèles, en termes obscurs, de guerres prochaines.
Trois ans plus tard, l'heure était venue; le sang romain avait coulé dans Genabum. Les chefs conjurés contre César assemblaient des guerriers dans les monts Arvernes. Komm n'aimait pointées chefs; il les haïssait au contraire, les uns parce qu'ils étaient plus riches que lui en hommes, en chevaux et en terres, les autres à cause de l'or et des rubis qu'ils avaient en abondance, et plusieurs de ce qu'ils se disaient plus braves que lui et de plus noble race. Pourtant il reçut leurs messagers, auxquels il remit une feuille de chêne et une pointe de noisetier en signe d'amour. Et il correspondit avec les chefs ennemis de César au moyen de branches d'arbres taillées et nouées entre elles de manière à présenter un sens intelligible aux Gaulois, qui connaissaient le langage des feuilles.