Pierrolet avait disparu. On le chercha dans toute la ville sans pouvoir le trouver. On sut plus tard qu'il s'était engagé dans la compagnie du capitaine La Hire. À la bataille de Patay, sous les yeux de la Pucelle, il prit un capitaine anglais et fut fait chevalier.


["LA MUIRON"]


Et quelquefois, dans nos longues
soirées, le général en chef nous faisait
des contes de revenants, genre de
narration auquel il était fort habile.

(Mémoires du comte Lavallette,
1831, t. Ier, p. 335.)

Depuis plus de trois mois Bonaparte était sans nouvelles de l'Europe quand, à son retour de Saint-Jean-d'Acre, il envoya un parlementaire à l'amiral ottoman, sous prétexte de traiter l'échange des prisonniers, mais en réalité dans l'espoir que Sir Sidney Smith arrêterait cet officier au passage et lui ferait connaître les événements récents, si, comme on pouvait le prévoir, ils étaient malheureux pour la République. Le général calculait juste. Sir Sidney fit monter le parlementaire à son bord et l'y reçut honorablement. Ayant lié conversation, il ne tarda pas à s'assurer que l'armée de Syrie était sans dépêches ni avis d'aucune sorte. Il lui montra les journaux ouverts sur la table et, avec une courtoisie perfide, le pria de les emporter.

Bonaparte passa la nuit sous sa tente à les lire. Le matin sa résolution était prise de retourner en France pour y ramasser le pouvoir tombé. Qu'il mit seulement le pied sur le territoire de la République, il écraserait ce gouvernement faible et violent, qui livrait la patrie en proie aux imbéciles et aux fripons, et il occuperait seul la place balayée. Pour accomplir ce dessein, il fallait traverser, par des vents contraires, la Méditerranée couverte de croiseurs anglais. Mais Bonaparte ne voyait que le but et son étoile. Par un inconcevable bonheur, il avait reçu du Directoire l'autorisation de quitter l'armée d'Égypte et d'y désigner lui-même son successeur.

Il appela l'amiral Gantheaume qui, depuis la destruction de la flotte, se tenait au quartier général, et lui donna l'ordre d'armer promptement, en secret, deux frégates vénitiennes qui se trouvaient à Alexandrie, et de les amener sur un point désert de la côte, qu'il lui désigna. Lui-même, il remit, par pli cacheté, le commandement en chef au général Kléber, et sous prétexte de faire une tournée d'inspection, se rendit avec un escadron de guides à l'anse du Marabou. Le soir du 7 fructidor an VII, à la rencontre de deux chemins d'où l'on découvre la mer, il se trouva tout à coup en face du général Menou, qui regagnait Alexandrie avec son escorte. N'ayant plus de moyen ni de raisons de garder son secret, il fit à ces soldats de brusques adieux, leur recommanda de se bien tenir en Égypte et leur dit:

—Si j'ai le bonheur de mettre le pied en France, le règne des bavards est fini!