»—Et moi, impériale d'as.

»—A propos, messieurs, que dites-vous du décret impérial sur les comédiens de Paris, daté du Kremlin? Voilà les querelles de mademoiselle Mars et de mademoiselle Leverd terminées!

—Regardez donc, dit Nanteuil, elle est très gentille, Fagette, dans sa robe bleue Marie-Louise, garnie de chinchilla.

Madame Doulce tira de dessous ses fourrures une botte de billets fanés déjà pour s'être trop offerts.

—Maître, dit-elle à Constantin Marc, vous savez que je fais dimanche prochain une lecture des plus belles lettres de madame de Sévigné, avec commentaire, au bénéfice des trois pauvres orphelins qu'a laissés l'artiste Lacour, qui est mort cet hiver d'une manière si déplorable.

—Avait-il du talent? demanda Constantin Marc.

—Pas du tout, dit Nanteuil.

—Eh bien, alors, en quoi sa mort est-elle déplorable?

—Oh! maître, soupira madame Doulce, n'affectez pas l'insensibilité.

—Je n'affecte pas l'insensibilité. Mais il y a une chose qui me surprend, c'est le prix que nous attachons à des existences qui ne nous intéressent en rien. Nous avons l'air de croire que la vie est en elle-même quelque chose de précieux. Pourtant la nature nous enseigne assez que rien n'est plus vil ni plus méprisable. Autrefois, on était moins barbouillé de sentimentalisme. Chacun tenait sa propre vie pour infiniment précieuse, mais ne professait aucun respect pour la vie d'autrui. On était alors plus près de la nature: nous sommes faits pour nous manger les uns les autres. Mais notre race faible, énervée, hypocrite, se plaît dans un cannibalisme sournois. Tout en nous entre-dévorant, nous proclamons que la vie est sacrée, et nous n'osons plus avouer que la vie c'est le meurtre.