—La vie, c'est le meurtre, répéta Chevalier songeur et sans comprendre.

Puis il jaillit en idées fumeuses.

—Le meurtre et le carnage, peut-être! Mais le carnage amusant et le meurtre drôle. La vie, c'est la catastrophe burlesque, c'est le comique terrible, c'est le masque de carnaval sur des joues sanglantes. Voilà ce que c'est que la vie pour l'artiste; l'artiste au théâtre et l'artiste en action!

Nanteuil inquiète cherchait un sens à ces paroles confuses.

L'acteur exalté poursuivit:

—La vie, c'est autre chose encore: c'est la fleur et le couteau, c'est de voir rouge un jour et bleu le lendemain, c'est la haine et l'amour, la haine délicieuse et ravissante, l'amour cruel.

—Monsieur Chevalier, demanda Constantin Marc, du ton le plus tranquille, ne trouvez-vous pas naturel d'être meurtrier et ne croyez-vous pas que c'est seulement la peur d'être tué qui nous empêche de tuer?

Chevalier répondit d'une voix pensive et profonde:

—Certes, non! ce n'est pas la peur d'être tué qui m'empêcherait de tuer. Je n'ai pas peur de la mort. Mais j'ai le respect de la vie d'autrui. Je suis humain, c'est plus fort que moi. J'ai sérieusement examiné depuis quelque temps la question que vous me posez, monsieur Constantin Marc. J'y ai réfléchi pendant des jours et des nuits, et je sais maintenant que je ne pourrais tuer personne.

Alors Nanteuil, joyeuse, versa sur lui un regard de mépris. Elle ne le craignait plus et elle ne lui pardonnait pas de lui avoir fait peur.