Par égard pour sa mère, elle usait ainsi d'un langage voilé.

—Va, mon enfant, et ne rentre pas trop tard.

Ligny habitait chez ses parents. Il avait, sous les combles du joli hôtel de la rue Vernet, un petit appartement de garçon, éclairé par des fenêtres rondes, et qu'il appelait «son œil-de-bœuf». Félicie le fit avertir par le portier qu'on l'attendait dans une voiture. Ligny n'aimait pas que les femmes vinssent trop souvent le relancer dans sa famille. Son père, diplomate de carrière, très occupé des intérêts extérieurs de la France, demeurait dans une ignorance incroyable de ce qui se passait chez lui. Mais madame de Ligny se montrait attentive à faire observer les convenances dans sa maison. Et son fils était soucieux de satisfaire des exigences qui portaient sur les formes, sans jamais s'étendre au fond des choses. Elle le laissait entièrement libre d'aimer qui il voulait et c'est à peine si parfois, en de graves épanchements, elle lui donnait à entendre que la fréquentation des femmes du monde est utile aux jeunes gens. Aussi Robert avait-il toujours détourné Félicie de venir rue Vernet. Il avait loué, boulevard de Villiers, une petite maison où ils pouvaient se voir tout à l'aise. Mais, cette fois, après deux jours passés sans elle, il fut très content de sa visite imprévue et descendit tout de suite.

Blottis dans le fiacre, ils allèrent à travers l'ombre et la neige, au pas tranquille du canasson, par les rues et les boulevards, et l'épaisse nuit enveloppa leurs amours.

L'ayant ramenée à sa porte:

—A demain, dit-il.

—Oui, à demain, boulevard de Villiers. Viens de bonne heure.

Elle s'appuyait sur lui pour descendre de voiture. Brusquement, elle se rejeta en arrière.

—La! là! entre les arbres... Il nous a vus... Il nous guettait.

—Qui donc?