Elle s'avança sur lui, et, les lèvres retroussées, serrant les dents, lui siffla aux oreilles:

—C'est fini! fini! fini! tu entends. J'en ai soupé, de toi.

Alors, très doux, très grave:

—C'est la dernière fois que nous causons nous deux. Écoute, Félicie, avant qu'il y ait un malheur, je dois t'avertir. Je ne peux pas te forcer à m'aimer. Mais je ne veux pas que tu en aimes un autre. Pour la dernière fois, je te conseille de ne pas revoir monsieur de Ligny. Je t'empêcherai d'être à lui.

—Tu m'empêcheras, toi? Pauvre ami!

Plus doucement, encore il répondit:

—Je le veux, je le ferai. On obtient ce qu'on veut; seulement, il faut y mettre le prix.

V

Rentrée chez elle, Félicie eut une crise de larmes. Elle revoyait Chevalier l'implorant d'une voix lamentable, avec un air de pauvre. Elle avait entendu cette voix et vu cette mine aux chemineaux exténués sur la route, quand sa mère, craignant que sa poitrine ne se prît, l'avait emmenée passer l'hiver à Antibes, chez une tante riche. Elle méprisait Chevalier de sa douceur et de sa tranquillité. Mais le souvenir de ce visage et de cette voix lui faisait mal. Elle ne put rien manger. Elle avait des étouffements. Le soir, une angoisse si cruelle la prit aux entrailles qu'elle eut peur de mourir. Elle pensa qu'elle éprouvait un tel énervement parce qu'elle était restée deux jours sans voir Robert. Il était neuf heures. Elle espéra le trouver encore chez lui et mit son chapeau.

—Maman, il faut que j'aille ce soir au théâtre. Je file.