A quatre heures du matin, il se trouva dans l'avenue de l'Observatoire. Découvrant les maisons du boulevard Saint-Michel, il en ressentit une impression douloureuse et, brusquement, rebroussa vers l'Observatoire. Le chien avait disparu. Près du Lion de Belfort, Chevalier s'arrêta devant une tranchée profonde qui coupait la chaussée. Contre le remblai, sous une bâche soutenue par quatre pieux, un vieil homme veillait devant un brasier. Les oreilles de son bonnet de poil de lapin étaient rabattues; son nez énorme flamboyait. Il leva la tête; ses yeux, qui pleuraient, paraissaient tout blancs, sans prunelles dans un cercle de feu et de larmes. Il fourrait au fond de son brûle-gueule quelques brins de tabac de cantine, mêlés à des mies de pain, qui ne remplissaient pas même à demi le fourneau de la petite pipe.
—Voulez-vous du tabac, le vieux? demanda Chevalier en lui tendant sa blague.
L'homme fut lent à répondre. Il ne comprenait pas vite, et les politesses l'étonnaient.
Enfin il ouvrit une bouche toute noire:
—C'est pas de refus, dit-il.
Et il se souleva à demi. Un de ses pieds était chaussé d'un vieux soulier, l'autre entouré de linges. Lentement, de ses mains engourdies, il bourrait sa pipe. De la neige fondue tombait.
—Vous permettez? dit Chevalier.
Et il se coula, sous la bâche, à côté du vieil homme. De temps en temps, ils échangeaient une parole.
—Sale temps!
—C'est un temps de saison. L'hiver est dur. L'été est préférable.