Madame Doulce, invitée par le silence de Nanteuil, murmura de nouvelles louanges:
—... des choses excellentes, des choses personnelles.
—Vous trouvez, madame Doulce? Tant mieux! parce que je ne sens pas bien ce rôle-là. Et puis la grande Perrin m'ôte tous mes moyens. C'est vrai! quand je m'assois sur les genoux de cette femme-là, ça me fait un effet... Vous ne savez pas toutes les horreurs qu'elle me dit à l'oreille pendant que nous sommes en scène. Elle est enragée... Je comprends tout, mais il y a des choses qui me dégoûtent... Michon, est-ce que le corsage ne fronce pas dans le dos, à droite?
—Ma chère enfant, s'écria Trublet avec enthousiasme, vous venez de prononcer une parole admirable.
—Laquelle? demanda simplement Nanteuil.
—Vous avez dit: «Je comprends tout, mais il y a des choses qui me dégoûtent.» Vous comprenez tout; les actions et les pensées des hommes vous apparaissent comme des cas particuliers de la mécanique universelle, vous n'en concevez ni colère ni haine. Mais il y a des choses qui vous dégoûtent; vous avez de la délicatesse, et il est bien vrai que la morale est affaire de goût. Mon enfant, je voudrais qu'on pensât aussi sainement que vous à l'Académie des Sciences morales. Oui, vous avez raison. Les instincts que vous attribuez à votre camarade, il est aussi vain de les lui reprocher que de reprocher à l'acide lactique d'être un acide à fonctions mixtes.
—Qu'est-ce que vous dites?
—Je dis que nous ne pouvons plus louer ni blâmer aucune pensée, aucune action humaine, une fois que la nécessité de ces actions et de ces pensées nous est démontrée.
—Alors, vous approuvez les mœurs de la grande Perrin, vous, un homme décoré! C'est du propre!
Le docteur se souleva et dit: