—Après une longue et intéressante conversation, reprit madame Doulce, monsieur l'abbé Mirabelle m'a fait entrevoir une solution favorable. Il m'a donné à entendre que, pour lever toutes les difficultés, il suffirait qu'un médecin attestât que Chevalier n'avait pas toute sa raison et n'était pas responsable de ses actes.
—Mais, observa Pradel, Chevalier n'était pas fou. Il avait toute sa raison.
—Ce n'est pas à nous de le dire, répliqua madame Doulce. Et qu'en savons-nous?
—Non, dit Nanteuil, il n'avait pas toute sa raison.
Pradel haussa les épaules:
—Après tout, c'est possible. La folie et la raison, c'est affaire d'appréciation... A qui pourrait-on bien demander un certificat?
Madame Doulce et Pradel se rappelèrent successivement trois médecins; mais ils ne purent trouver l'adresse du premier; le second avait un mauvais caractère et l'on reconnut que le troisième était mort.
Nanteuil dit qu'il fallait s'adresser au docteur Trublet.
—C'est une idée! s'écria Pradel. Allons demander un certificat au docteur Socrate... Quel jour sommes-nous?... Vendredi. C'est son jour de consultation. Nous le trouverons chez lui.
Le docteur Trublet logeait dans une vieille maison, au plus haut de la rue de Seine. Pradel emmena Nanteuil, dans l'idée que Socrate ne refuserait rien à une jolie femme. Constantin Marc, qui ne pouvait vivre, à Paris, loin des comédiens, les accompagna. L'affaire Chevalier commençait à l'amuser. Il la trouvait comique, c'est-à-dire appartenant aux comédiens. Bien que l'heure de la consultation fût passée, le salon du docteur était encore plein de gens qui voulaient être guéris. Trublet les renvoya et reçut, dans son cabinet, les gens de théâtre. Il se tenait devant une table encombrée de livres et de papiers. Contre la fenêtre, un fauteuil articulé s'étalait, infirme et cynique. Le directeur de l'Odéon exposa l'objet de sa visite, et il conclut: