—Le service de Chevalier ne sera célébré à l'église que si vous attestez que ce malheureux garçon ne jouissait pas de toute sa raison.

Le docteur Trublet déclara que Chevalier pouvait bien se passer du service religieux.

—Adrienne Lecouvreur, qui valait mieux que lui, s'en est passée. Mademoiselle Monime, après sa mort, n'eut point de messe et, comme vous savez, on lui refusa «l'honneur de pourrir dans un vilain cimetière, avec tous les gueux du quartier». Elle ne s'en trouva pas plus mal.

—Vous n'ignorez pas, docteur Socrate, répondit Pradel, que les comédiens sont les plus religieux des hommes. Mes pensionnaires seraient désolés s'ils ne pouvaient assister à la messe de leur camarade. Ils se sont déjà assuré le concours de plusieurs artistes lyriques et la musique sera très belle.

—Ça, c'est une raison, dit Trublet. Je n'y contredis pas. Charles Monselet, qui était un homme d'esprit, songea, peu d'heures avant sa mort, à sa messe en musique. «Je connais beaucoup d'artistes de l'Opéra, dit-il, j'aurai un Pie Jesu aux truffes.» Mais, puisque l'archevêché n'autorise pas, cette fois, le concert spirituel, il conviendrait de le remettre à une autre occasion.

—Pour ce qui est de moi, répliqua le directeur, je n'ai aucune croyance religieuse. Mais je considère que l'Église et le Théâtre sont deux grandes puissances sociales et qu'il y a intérêt à ce qu'elles soient amies et alliées. Je ne manque jamais, pour ma part, une occasion de sceller l'alliance. Au prochain carême, je ferai lire par Durville un sermon de Bourdaloue. Je suis subventionné: je dois être concordataire.

»Et puis, quoi qu'on en dise, le catholicisme est encore la forme la plus acceptable de l'indifférence religieuse.

—Eh bien! objecta Constantin Marc, si vous voulez montrer de la déférence à l'Église, pourquoi lui poussez-vous, de force ou de ruse, un cercueil dont elle ne veut pas?

Le docteur parla dans le même sentiment et finit par dire:

—Mon cher Pradel, ne vous occupez donc pas de cette affaire-là.