Mais alors Nanteuil, les yeux ardents, la voix sifflante:
—Il faut qu'il aille à l'église, docteur; signez ce qu'on vous demande, écrivez qu'il n'avait pas sa raison. Je vous en prie.
Il n'y avait pas que de la religion dans ce désir. Il s'y mêlait un sentiment intime et un fond obscur de vieilles croyances, ignorées d'elle-même. Elle espérait que, porté à l'église, aspergé d'eau bénite, Chevalier serait apaisé, deviendrait un bon mort et ne la tourmenterait plus. Elle craignait, au contraire, que, privé de bénédictions et de prières, il n'errât sans cesse autour d'elle, maudit et malfaisant. Et, plus simplement, dans sa peur de le revoir, elle voulait que les prêtres aussi prissent soin de l'enterrer, que tout le monde s'y mît, pour qu'il le fût davantage, autant qu'il était possible et tout à fait. Ses lèvres tremblaient; elle tordait ses mains jointes.
Trublet, vieux connaisseur, la regardait avec intérêt. Il avait l'intelligence et le goût de la machine féminine. Celle-ci le ravissait. En l'observant, sa face camuse brillait de plaisir.
—Soyez tranquille, mon enfant. Il y a toujours moyen de s'entendre avec l'Église. Ce que vous me demandez n'est pas dans mes attributions; je suis un médecin laïque. Mais nous avons aujourd'hui, Dieu merci! des médecins religieux qui envoient leurs malades aux eaux ecclésiastiques et dont la fonction spéciale est de constater les guérisons miraculeuses. J'en connais un qui loge dans le quartier; je vais vous donner son adresse. Allez le voir, l'évêché n'a rien à lui refuser. Il arrangera votre affaire.
—Non pas, dit Pradel, vous avez donné vos soins à ce malheureux Chevalier. C'est à vous de délivrer un certificat.
Romilly approuva:
—Évidemment, docteur. Vous êtes médecin du théâtre. Il faut laver son linge sale en famille.
Et Nanteuil tourna vers Socrate un regard de prière.
—Mais, demanda Trublet, qu'est-ce que vous voulez que je dise?