Cependant Félicie réfléchissait, car elle était capable de réflexion. Tout à coup:

—Docteur, je voudrais vous faire une question que vous trouverez peut-être drôle... mais je voudrais bien savoir si, de connaître tout ce qu'il y a dans le corps, d'avoir vu toutes les affaires que nous avons au dedans de nous, ça ne vous gêne pas, des moments, avec les femmes. Il me semble que, d'avoir l'idée de tout ça, ça devrait vous dégoûter.

Trublet, du fond de ses coussins, envoya un baiser à Félicie:

—Ma chère enfant, il n'y a pas de plus fin, de plus riche, de plus beau tissu que la peau d'une jolie femme. C'est ce que je me disais à l'instant, en contemplant votre nuque, et vous concevez aisément que, sous cette impression...

Elle lui fit une grimace de guenon dédaigneuse.

—Croyez-vous que c'est spirituel, de répondre par des imbécillités à une question sérieuse?

—Eh bien, mademoiselle, puisque vous le voulez, je vais vous faire une réponse instructive. Il y a vingt ans, nous avions à l'hôpital Saint-Joseph, dans la salle d'autopsie, une vieux surveillant ivrogne, le père Rousseau, qui, tous les jours, à onze heures du matin, déjeunait au bord de la table sur laquelle le cadavre était étendu. Il déjeunait parce qu'il avait faim. Ceux qui ont faim, rien ne les empêche de manger, dès qu'ils ont de quoi. Seulement, le père Rousseau disait: «Je ne sais pas si c'est l'air de la salle qui le veut, mais je ne peux rien manger que de frais et d'appétissant.»

—Je comprends, dit Félicie. Il vous faut des petites bouquetières... C'est défendu, vous savez... Mais vous êtes là assis comme un Turc, et vous ne m'avez pas écrit mon ordonnance.

Elle l'interrogea du regard.

—L'estomac, où est-ce au juste?