—Je suis très contente de mon emploi, répondit Nanteuil, mais vous ne pouvez pas exiger que j'interprète avec le même plaisir toutes les ingénues. Il y a un rôle, par exemple, que je voudrais bien jouer! C'est Agnès de l'École des femmes.
Au seul nom d'Agnès! le docteur, ravi, murmura dans ses coussins:
Mes yeux ont-ils du mal pour en donner au monde?
—Agnès, voilà un beau rôle! s'écria Nanteuil. Je l'ai demandé à Pradel.
Pradel, directeur du théâtre, était un ancien comédien, avisé et bonhomme, dépouillé d'illusions et ne nourrissant point de trop hautes espérances. Il aimait la paix, les livres et les femmes. Nanteuil n'avait qu'à se louer de Pradel et elle parlait de lui sans malveillance, avec une honnête liberté.
—Il a été ignoble, il a été dégoûtant, infect, dit-elle; il m'a refusé le rôle d'Agnès pour le donner à Falempin. Il faut dire aussi que je ne lui avais pas demandé comme il fallait. Tandis que Falempin, elle sait la manière, elle! je vous en réponds. Mais ça m'est égal: si Pradel ne me laisse pas jouer Agnès, je l'envoie promener, lui et son sale guignol!
Madame Doulce continua de prodiguer ses enseignements inécoutés. Comédienne de mérite, mais vieillie, usée, jamais plus engagée, elle donnait des conseils aux débutantes, leur écrivait leurs lettres, et gagnait ainsi l'unique repas qu'elle faisait presque chaque jour, le matin ou le soir.
Félicie, tandis que madame Michon lui nouait un velours noir autour du cou, interrogea Trublet:
—Docteur, vous dites que mes vertiges viennent de l'estomac: vous êtes sûr?
Avant que Trublet eût pu répondre, madame Doulce s'écria que les vertiges venaient toujours de l'estomac, et qu'elle avait au sien, deux ou trois heures après les repas, des gonflements douloureux. Puis, elle demanda un remède au docteur.