—Il voit sûrement mes jupons blancs, répondit-elle. C'est assez, je pense, pour lui donner envie d'en voir davantage.

Je songeais déjà à tirer l'épée et j'étais fort décidé à défendre deux existences qui, dans ce moment, étaient encore, peu s'en faut, confondues. Le calme de Jahel m'étonnait; rien, dans ses mouvements ni dans sa voix, ne trahissait la peur.

—Allez, me dit-elle, fuyez, et ne craignez rien pour moi. C'est une surprise que j'ai plutôt désirée. Il commençait à se lasser, et ceci est excellent pour ranimer son goût et assaisonner son amour. Allez et laissez-moi! Le premier moment sera dur, car il est d'un caractère violent. Il me battra, mais je ne lui en serai ensuite que plus chère. Adieu!

—Hélas! m'écriai-je, ne me prîtes-vous donc, Jahel, que pour aiguiser les désirs d'un rival?

—J'admire que vous veuillez me quereller, vous aussi! Allez, vous dis-je!

—Eh quoi! vous quitter de la sorte?

—Il le faut, adieu! Qu'il ne vous trouve pas ici. Je veux bien lui donner de la jalousie, mais avec délicatesse. Adieu, adieu!

A peine avais-je fait quelques pas dans le labyrinthe des tombes, que M. d'Anquetil, s'étant approché d'assez près pour reconnaître sa maîtresse, fit des cris et des jurements à réveiller tous ces morts de village. J'étais impatient d'arracher Jahel à sa rage. Je pensais qu'il l'allait tuer. Déjà je me glissais à son secours dans l'ombre des pierres. Mais, après quelques minutes, pendant lesquelles je les observai très attentivement, je vis M. d'Anquetil la pousser hors du cimetière et la ramener à l'auberge de Gaulard avec un reste de fureur qu'elle était bien capable d'apaiser seule et sans secours.

Je rentrai dans ma chambre lorsqu'ils eurent regagné la leur. Je ne dormis point de la nuit, et, les guettant à l'aube, par la fente des rideaux, je les vis traverser la cour de l'auberge dans une grande apparence d'amitié.

Le départ de Jahel augmenta ma tristesse. Je m'étendis à plat ventre au beau milieu de ma chambre et, le visage dans les mains, je pleurai jusqu'au soir.