Ce qui revient à dire en français:
_ICI REPOSE,
dans l'espoir de la bienheureuse éternité,
MESSIRE JÉRÔME COIGNARD,
prêtre,
autrefois très éloquent professeur d'éloquence
au Collège de Beauvais,
très zélé bibliothécaire de l'évêque
de Séez,
auteur d'une belle traduction de Zozime
le Panopolitain,
qu'il laissa malheureusement inachevée
quand survint sa mort prématurée.
Il fut frappé sur la route de Lyon,
dans la 52e année de son âge,
par la main très scélérate d'un juif,
et périt ainsi victime d'un neveu des bourreaux
de Jésus-Christ.
Il était d'un commerce agréable,
d'un docte entretien,
d'un génie élevé,
abondait en riants propos et en belles maximes,
et louait Dieu dans ses oeuvres.
Il garda à travers les orages de la vie
une foi inébranlable.
Dans son humilité vraiment chrétienne,
Plus attentif au salut de son âme
qu'à la vaine et trompeuse opinion des hommes,
c'est en vivant sans honneurs
en ce monde,
qu'il s'achemina vers la gloire éternelle._
Trois jours après que mon bon maître eut rendu l'âme, M. d'Anquetil décida de se remettre en route. La voiture était réparée. Il donna l'ordre aux postillons d'être prêts pour le lendemain matin. Sa compagnie ne m'avait jamais été agréable. Dans l'état de tristesse où j'étais, elle me devenait odieuse. Je ne pouvais supporter l'idée de le suivre avec Jahel. Je résolus de chercher un emploi à Tournus ou à Mâcon et d'y vivre caché jusqu'à ce que, l'orage étant apaisé, il me fût possible de retourner à Paris, où je savais que mes parents me recevraient les bras ouverts. Je fis part de ce dessein à M. d'Anquetil, et m'excusai de ne le point accompagner plus avant. Il s'efforça d'abord de me retenir, avec une bonne grâce à laquelle il ne m'avait guère préparé, puis il m'accorda volontiers mon congé. Jahel y eut plus de peine; mais, étant naturellement raisonnable, elle entra dans les raisons que j'avais de la quitter.
La nuit qui précéda mon départ, tandis que M. d'Anquetil buvait et jouait aux cartes avec le chirurgien-barbier, nous allâmes sur la place, Jahel et moi, pour respirer l'air. Il était embaumé d'herbes et plein du chant des grillons.
—La belle nuit! dis-je à Jahel. L'année n'en aura plus guère de semblables; et peut-être, de ma vie, n'en reverrai-je point de si douce.
Le cimetière fleuri du village étendait devant nous ses immobiles vagues de gazon, et le clair de la lune blanchissait les tombes éparses sur l'herbe noire. La pensée nous vint, à tous deux en même temps d'aller dire adieu à notre ami. La place où il reposait était marquée par une croix semée de larmes, dont le pied plongeait dans la terre molle. La pierre qui devait recevoir l'épitaphe n'y avait point encore été posée. Nous nous assîmes tout auprès, dans l'herbe, et là, par un insensible et naturel penchant, nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre, sans craindre d'offenser par nos baisers la mémoire d'un ami que sa profonde sagesse rendait indulgent aux faiblesses humaines.
Tout à coup Jahel me dit dans l'oreille, où elle avait précisément sa bouche:
—Je vois M. d'Anquetil, qui, sur le mur du cimetière, regarde attentivement de notre côté.
—Nous peut-il voir dans cette ombre? demandai-je.