Je le priai de croire que j'y mettrais tout mon zèle, et M. d'Anquetil promit, pour sa part, de donner à la chose un tour galant et gracieux.

—J'y veux, dit-il, m'essayer au vers français, en me guidant sur ceux de M. Chapelle.

—A la bonne heure! dit M. le curé. Mais n'êtes-vous pas curieux de voir mon pressoir? Le vin sera bon cette année, et j'en ai récolté en suffisante quantité pour mon usage et pour celui de ma servante. Hélas! sans les fleurebers, nous en aurions bien davantage.

Après souper, M. d'Anquetil demanda l'écritoire et commença de composer des vers français. Puis, impatienté, il jeta en l'air la plume, l'encre et le papier.

—Tournebroche, me dit-il, je n'ai fait que deux vers, et encore ne suis-je pas assuré qu'ils sont bons: les voici tels que je les ai trouvés.

Ci-dessous gît monsieur Coignard.
Il faut bien mourir tôt ou tard.

Je lui répondis qu'ils avaient cela de bon de n'en point vouloir un troisième.

Et je passai la nuit à tourner une épitaphe latine en la manière que voici:

D. O. M. HIC JACET IN SPE BEATÆ ÆTERNITATIS DOMINUS HIERONYMUS COIGNARD PRESBYTER QUONDAM IN BELLOVACENSI COLLEGIO ELOQUENTIÆ MAGISTER ELOQUENTISSIMUS SAGIENSIS EPISCOPI BIBLIOTHECARIUS SOLERTISSIMUS ZOZIMI PANOPOLITANI INGENIOSISSIMUS TRANSLATOR
OPERE TAMEN IMMATURATA MORTE INTERCEPTO PERIIT ENIM CUM LUGDUNUM PETERET JUDEA MANU NEFANDISSIMA ID EST A NEPOTE CHRISTI CARNIFICUM IN VIA TRUCIDATUS ANNO ÆT LII° COMITATE FUIT OPTIMA DOCTISSIMO CONVITU INGENIO SUBLIMI FACETIIS JUCUNDUS SENTENTIIS PLENUS DONORUM DEI LAUDATOR FIDE DEVOTISSIMA PER MULTAS TEMPESTATES CONSTANTER MUNITUS HUMILITATE SANCTISSIMA ORNATUS SALUTI SUÆ MAGIS INTENTUS QUAM VANO ET FALLACI HOMINUM JUDICIO SIC HONORIBUS MUNDANIS NUNQUAM QUÆSITIS SIBI GLORIAM SEMPITERNAM MERUIT