—Monsieur Jacques Ménétrier, me dit-il, à voix basse, une demoiselle, qui vous veut du bien, vous attend dans son carrosse sur la chaussée, entre la rivière et la porte de la Conférence.
Le coeur me battit très fort. Effrayé et ravi de cette aventure, je me rendis tout de suite à l'endroit indiqué par le capucin, en marchant toutefois d'un pas tranquille, qui me parut le plus avantageux. Parvenu sur le quai, je vis un carrosse avec une petite main posée sur le bord de la portière.
Cette portière s'entr'ouvrit à mon approche, et je fus bien surpris de trouver dans le carrosse mam'selle Catherine en robe de satin rose, et la tête couverte d'un coqueluchon où ses cheveux blonds se jouaient dans la dentelle noire.
Je restais interdit sur le marchepied.
—Venez là, me dit-elle, et asseyez-vous près de moi. Fermez la portière, je vous prie. Il ne faut pas qu'on vous voie. Tout à l'heure en passant sur le Cours, je vous ai vu chez le limonadier. Aussitôt je vous ai fait quérir par le bon frère, que j'ai pris pour les exercices du carême et que je garde près de moi depuis ce temps, car, dans quelque condition où l'on se trouve, il faut avoir de la piété. Vous aviez très bonne mine, monsieur Jacques, devant votre petite table, l'épée en travers sur les cuisses, avec l'air chagrin d'un homme de qualité. J'ai toujours eu de l'amitié pour vous, et je ne suis pas de ces femmes qui, dans la prospérité, méprisent les amis d'autrefois.
—Eh! quoi? mam'selle Catherine, m'écriai-je, ce carrosse, ces laquais, cette robe de satin….
—Viennent, me dit-elle, des bontés de M. de la Guéritaude, qui est dans les partis, et des plus riches financiers. Il a prêté de l'argent au Roi. C'est un excellent ami que, pour tout au monde, je ne voudrais fâcher. Mais il n'est pas si aimable que vous, monsieur Jacques. Il m'a donné aussi une petite maison à Grenelle, que je vous montrerai de la cave au grenier. Monsieur Jacques, je suis bien contente de vous voir en état de faire votre fortune. Le mérite se découvre toujours. Vous verrez ma chambre à coucher, qui est copiée sur celle de mademoiselle Davilliers. Elle est tout en glaces, avec des magots. Comment va votre bonhomme de père? Entre nous, il négligeait un peu sa femme et sa rôtisserie. C'est un grand tort chez un homme de sa condition. Mais parlons de vous.
—Parlons de vous, mam'selle Catherine, dis-je enfin. Vous êtes bien jolie, et c'est grand dommage que vous aimiez les capucins. Car il faut bien vous passer les fermiers généraux.
—Oh! dit-elle, ne me reprochez point frère Ange. Je ne l'ai que pour faire mon salut, et, si je donnais un rival à M. de la Guéritaude, ce serait….
—Ce serait?