—Frère Ange, capucin indigne, répondit mon maître.

Ma mère, qui de la chambre haute entendit des voix, descendit dans la boutique, attirée par la curiosité.

L'abbé la salua avec une politesse déjà familière et lui dit:

—Voilà qui est admirable, madame: Frère Ange est capucin et il sait lire!

—Il sait même lire toutes les écritures, répondit ma mère.

Et, s'approchant du frère, elle reconnut l'oraison de sainte Marguerite à l'image, qui représentait la vierge martyre, un goupillon à la main.

—Cette prière, ajouta-t-elle, est difficile à lire, parce que les mots en sont tout petits et à peine séparés. Par bonheur, il suffit, dans les douleurs, de se l'appliquer comme un emplâtre à l'endroit où l'on ressent le plus de mal, et elle opère de la sorte aussi bien et mieux même que si on la récitait. J'en ai fait l'épreuve, monsieur, lors de la naissance de mon fils Jacquot, ici présent.

—N'en doutez point, ma bonne dame, répondit frère Ange: L'oraison de sainte Marguerite est souveraine pour ce que vous dites, à la condition expresse de faire l'aumône aux capucins.

Sur ces mots, frère Ange vida le gobelet que ma mère lui avait rempli jusqu'au bord, jeta sa besace sur son épaule et s'en alla du côté du Petit Bacchus.

Mon père servit un quartier de volaille à l'abbé, qui, tirant de sa poche un morceau de pain, un flacon de vin et un couteau dont le manche de cuivre représentait le feu roi en empereur romain sur une colonne antique, commença de souper.