—Oh! monsieur, ne vous faites pas plus coupable que vous n'êtes. Toute votre violence et toutes vos ardeurs ne vous auraient servi de rien si vous ne m'aviez pas plu. Tout à l'heure, en vous voyant endormi dans ce fauteuil, je vous ai trouvé du mérite, j'ai attendu votre réveil, et vous savez le reste.
Je lui répondis par un baiser. Elle me le rendit. Quel baiser! Je crus sentir des fraises des bois se fondre dans ma bouche. Mes désirs se ranimèrent et je la pressai ardemment sur mon coeur.
—Cette fois, me dit-elle, soyez moins emporté, et ne pensez pas qu'à vous. Il ne faut pas être égoïste en amour. C'est ce que les jeunes gens ne savent pas assez. Mais on les forme.
Nous nous plongeâmes dans l'abîme des délices. Après quoi, la divine
Jahel me dit:
—Avez-vous un peigne? Je suis faite comme une sorcière.
—Jahel, lui répondis-je, je n'ai point de peigne; j'attendais une
Salamandre. Je vous adore.
—Adorez-moi, mon ami, mais soyez discret. Vous ne connaissez pas
Mosaïde.
—Quoi! Jahel! est-il donc si terrible à cent trente ans, dont il passa soixante-quinze dans une pyramide?
—Je vois, mon ami, qu'on vous a fait des contes sur mon oncle, et que vous avez eu la simplicité de les croire. On ne sait pas son âge; moi-même je l'ignore, je l'ai toujours connu vieux. Je sais seulement qu'il est robuste et d'une force peu commune. Il faisait la banque à Lisbonne, où il lui arriva de tuer un chrétien, qu'il avait surpris avec ma tante Myriam. Il s'enfuit et m'emmena avec lui. Depuis lors, il m'aime avec la tendresse d'une mère. Il me dit des choses qu'on ne dit qu'aux petits enfants, et il pleure en me regardant dormir.
—Vous habitez avec lui?