Oh! sans doute le temps a fané tes couleurs:
Mais tu gardes encor sous ta mélancolie
Ce parfum d'élégance et d'amitié polie
Qu'on cueille sur ta bouche et qu'on emporte ailleurs.

Pour tous les souvenirs tu tiens une merveille.
Ton enceinte riante est comme une corbeille,
Les festons sur le bord, les perles au milieu.

Bref, ton charme est si doux, colline de Florence,
Que je trouvai des pleurs, et je venais de France,
Des pleurs pour te bénir en te disant adieu.

Il resta plus longtemps à Rome, dont il aimait les splendeurs et les ruines. La désolation de la campagne romaine le charmait infiniment:

À peine à l'horizon voit-on sur un coteau
Quelques buffles errants, que le pâtre abandonne
Pour se coucher en paix sur un fût de colonne
Et dormir au soleil, drapé dans un manteau.
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Au ciel, pas un soupir, pas un battement d'ailes:
C'est bien la majesté des douleurs éternelles
Qui n'ont plus rien à dire et plus rien à pleurer.

C'est à Rome que Saint-Cyr de Rayssac eut la plus abondante révélation de la beauté. Son âme débordait d'enthousiasme. Tantôt il visitait pieusement les chambres de Raphaël au Vatican et s'exaltait dans la contemplation d'un art idéaliste:

Sages sous le portique, apôtres au concile,
Tous ils portent au front la lumière subtile,
Le voile transparent de l'immortalité.

Tantôt il adorait la Vénus du Capitole, «cette blanche goutte d'écume», toute pure de la pureté de ses formes, qui n'a de charnel,

Que son geste impudique et ses cheveux défaits,

et que revêtent comme des voiles augustes l'harmonie et la grâce. Saint-Cyr de Rayssac, à Rome, se promène avec ivresse des marbres antiques aux fresques de la Renaissance. Il admire également l'art grec et l'art chrétien. Pourtant, il réserve peut-être ses plus intimes tendresses à ces statues issues ou inspirées de l'esprit hellénique et qui ont apporté au monde cette chose incomparable: le divin naturel. Quelle force l'entraînait vers la Vénus du Capitole et le Génie du sommeil éternel? Celle-là même qui, dans les années d'adolescence, lui faisait pressentir l'amour et la beauté sous la poussière des livres amassés par le vieux Dugas-Montbel, l'union féconde du sensualisme et de l'idéal, la généreuse ardeur qui fait le génie des Prud'hon et des Chénier. L'âme méditative de Saint-Cyr de Rayssac était servie par des sens exquis. C'est pourquoi il sentait si fortement la caresse des lignes et la divinité des formes. Il y avait aussi dans son génie une fierté, une pudeur que seul l'art hellénique contentait pleinement. Il savait gré aux sculpteurs antiques de leur sublime impassibilité: