Ces Mores mécréants, ces maudits Sarrasins
Buvaient l'eau de nos puits et mangeaient nos raisins
Et nos figues, et nos grenades,
Suivaient dans les vallons les vierges à l'oeil noir
Et leur parlaient d'amour, à la lune, le soir,
Et leur faisaient des sérénades.

Pour eux leurs grands yeux noirs, pour eux, leurs beaux seins bruns,
Pour eux, leurs longs baisers, leur bouche aux doux parfums,
Pour eux, leur belle joue ovale;
Et quand elles pleuraient, criant: «Fils des démons!»
Ils les mettaient en croupe et par-dessus les monts
Ils faisaient sauter leur cavale.

Plus loin un trait que Victor Hugo a reproduit dans son Aymerillot:

Les âmes chargeaient l'air comme un nuage noir
Et notre bon Roland, en riant chaque soir,
S'allait laver dans les cascades.

Jeu singulier du sort! Napol le Pyrénéen est le plus ignoré des poètes de 1830. Compagnon obscur, disparu avant l'heure, il laisse pourtant la pièce de maîtrise la plus belle et la plus complète de l'art de son temps.

Tandis que je noircis le papier avec les images du romantisme, le soleil décline et glisse à l'horizon empourpré.

Voici venir le soir. La machine à battre ne fait plus entendre son ronflement monotone. Les ouvriers fatigués passent sous ma fenêtre en traînant leurs sabots. Je vois couler leurs ombres lentes et paisibles, que le couchant allonge démesurément. Leur marche égale décèle la paix du coeur, qu'assure seul le travail assidu des mains. Ils ont dépiqué trois cents gerbes de blé. Ils ont gagné leur pain. Puis-je dire, comme eux, que j'ai rempli ma journée?

M. GASTON PÂRIS

ET LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU MOYEN AGE[25]

[Note 25: La Littérature française au moyen âge, XIe et XIVe siècles.—Manuel d'ancien français, par Gaston Pâris. 1 vol. in-18.]