En réalité, ce qu'apprend une petite fille élevée, comme Angélique, dans la piété, à l'odeur de l'encens, ce n'est point la légende dorée, ce sont les prières, l'ordinaire de la messe, le catéchisme; elle se confesse, elle communie. Cela est toute sa vie. Il est inconcevable que M. Zola ait oublié toutes ces pratiques. Pas une seule prière du matin ou du soir, pas une confession, pas une communion, pas une messe basse dans ce récit d'une enfance pieuse et d'une jeunesse mystique.
Aussi son livre n'est-il qu'un conte bleu sur lequel il n'est ni permis de réfléchir, ni possible de raisonner. Et ce conte bleu est bien longuement, bien lourdement écrit. J'en sais un autre que je préfère et que je vais vous dire. C'est le même, après tout, et il s'appelle aussi un Rêve. Il est d'un poète très ingénu et du plus aimable naturel, M. Gabriel Vicaire. Oui, le même conte, avec cette différence que c'est un jeune garçon et non une jeune fille qui fait le rêve, et que l'apparition, c'est non plus un fils d'évêque en saint Georges, mais une fille de roi avec sa quenouille:
Vous me demandez qui je vois en rêve?
Et gai, c'est vraiment la fille du roi;
Elle ne veut pas d'autre ami que moi.
Partons, joli coeur, la lune se lève.
Sa robe, qui traîne, est en satin blanc,
Son peigne est d'argent et de pierreries;
La lune se lève au ras des prairies.
Partons, joli coeur, je suis ton galant.
Un grand manteau d'or couvre ses épaules,
Et moi dont la veste est de vieux coutil!
Partons, joli coeur, pour le Bois-Gentil.
La lune se lève au-dessus des saules.
Comme un enfant joue avec un oiseau,
Elle tient ma vie entre ses mains blanches.
La lune se lève au milieu des branches,
Partons, joli coeur, et prends ton fuseau.
Dieu merci, la chose est assez prouvée:
Rien ne vaut l'amour pour être content.
Ma mie est si belle, et je l'aime tant!
Partons, joli coeur, la lune est levée.
Voilà le coup d'aile, voilà l'envolée, voilà la poésie, voilà le vrai rêve! Quant à celui de M. Zola, il est fort extravagant et fort plat en même temps. J'admire même qu'il soit si lourd en étant si plat.
LA TEMPÊTE
Les marionnettes de M. Henri Signoret viennent de nous donner la Tempête de Shakespeare. Il y a une heure à peine que la toile du petit théâtre est tombée sur le groupe harmonieux de Ferdinand et de Miranda. Je suis sous le charme et, comme dit Prospero, «je me ressens encore des illusions de cette île». L'aimable spectacle! Et qu'il est vrai que les choses exquises, quand elles sont naïves, sont deux fois exquises. M. Signoret se propose de faire jouer par ses petits acteurs les chefs-d'oeuvre, je dirai les saintes oeuvres de tous les théâtres. Hier, Aristophane; aujourd'hui, Shakespeare: demain, Kalidasa. Ses petits acteurs sont de bois comme les dieux que détestait Polyeucte. Mais Polyeucte était un fanatique; il n'entendait rien aux arts et il ignorait tout ce qu'un dieu de bois peut contenir de divin et d'adorable.