Scythicis non eruta veni Rupibus…………………………….. … Nec Ortygiam colui, nec Phasidis agros.

Par contre, il rend compte de l'enquête de Poitiers, qui malheureusement ne nous a pas été conservée et on peut supposer que ce qu'il en rapporte n'est pas entièrement imaginaire. Il paraphrase une lettre que Charles VII aurait écrite au pape Calixte III, pour obtenir le rescrit qui servit de base au procès de réhabilitation et il est vraisemblable qu'il n'a pas inventé cette lettre dont toute trace est perdue. Enfin Valerand peut être considéré comme un historien: il apporte des incertitudes nouvelles.

C'est un esprit modéré. À en juger par les préceptes qu'il suppose dictés à Charles VII par l'ombre de Charlemagne, il est partisan de la monarchie tempérée, j'allais dire constitutionnelle. Voulez-vous un résumé de ces préceptes?

«Sois pieux, honore la justice. Assure la liberté des juges; choisis-les incorruptibles; constitue des corps législatifs. Frappe les méchants, car l'indulgence encourage le crime. Châtie les orgueilleux. N'écoute point les délations et crains la flatterie. Sache triompher de ta colère et dis-toi: J'ai vaincu, dès que tu as pu vaincre. Sois chaste, contente-toi de la reine! Aie pitié des pauvres. Demande tout aux seules lois. Aime la paix et ne fais que des guerres justes. Protège le peuple contre les violents. Fixe d'équitables lois et sois le premier à les observer. Restreins le luxe: ce n'est pas la pourpre qui fortifie un royaume. Si la guerre t'oblige à lever de nouveaux impôts, épargne soigneusement par ailleurs. Le pouvoir royal a des bornes fixes. Fais taire les inimitiés qui enfantent les divisions dans le royaume. Sois clément aux vaincus; souvent la légèreté et la dureté du soldat français ont excité les haines de l'étranger. Ne désire pas trop qu'on te craigne; César et Néron furent redoutés: ils périrent. Ne te fie pas à la jeunesse, crois aux vieillards. Ainsi tu égaleras les aïeux et mériteras le ciel.»

Il n'est pas douteux que Valerand ne prête ses propres sentiments politiques à l'empereur Charlemagne. Et il faut reconnaître que notre docteur en théologie se fait une belle idée du souverain. Louis XI, assurément, en fournit plus d'un trait. Il fut un roi selon le coeur de Valerand, et par son amour pour les petits, et aussi, ce qui importe moins, par la pureté de ses moeurs privées; car, conformément au précepte de chasteté, assez déplacé dans la bouche de Charlemagne, le roi Louis le Onzième se contenta de la reine sa femme, «encore qu'elle ne fût pas telle, dit Comynes, qu'il ne pût y prendre un grand plaisir».

M. Prarond, dans son commentaire, compare le Mystère du siège d'Orléans, au De gestis Joannæ virginis et oppose très ingénieusement «aux hexamètres du légionnaire trop armé les courtes lignes à rime simplette de l'archer bourgeois». Et comme il préfère l'archer! Comme on sent qu'il donnerait tout Varanius pour ces huit petits vers seulement:

LE ROI

Or ça, Jehanne, ma doulce fille,
Vollez vous doncques estre armée?
Vous sentez vous assez agille
Que vous n'en soyez pas grevée?
Porter harnoiz sur vostre doux (dos),
Vous en serez bien toust lassée.
Belle fille, qu'en dictes vous?

LA PUCELLE.

Au nom Dieu, le porteroy bien.